Rançongiciels et escroqueries en ligne : les terribles révélations d'Interpol sur le Sénégal
Le rapport 2024 d'Interpol est formel : le Sénégal figure parmi les pays africains dont les infrastructures critiques ont été ciblées par des attaques par rançongiciel en 2023. Des organismes publics sénégalais ont été directement touchés par ces cyberattaques paralysantes qui prennent en otage les systèmes informatiques contre le paiement de rançons. Pis, ces attaques s'inscrivent dans une tendance continentale alarmante. En moyenne, une organisation africaine sur quinze a été victime d'une tentative d'attaque par rançongiciel chaque semaine au premier trimestre 2023, un chiffre largement supérieur à la moyenne mondiale. Même l'Union africaine n'a pas été épargnée, victime d'une attaque du groupe BlackCat en 2023.
Le Sénégal très exposé aux escroqueries en ligne
Comme dans le reste du continent, le Sénégal connaît une accélération de sa transformation numérique. Pour les Sénégalais comme pour plus de 650 millions d'Africains, le téléphone mobile représente le principal moyen d'accès à Internet. Les jeunes, qui constituent plus de 60% de la population, adoptent massivement les technologies numériques. Cette connectivité croissante crée des opportunités, mais aussi de nouvelles vulnérabilités que les cybercriminels exploitent méthodiquement. Ici plus qu’ailleurs, cette vulnérabilité est exploitée par les cyber-escrocs.
Les entreprises sénégalaises qui travaillent avec l'international, notamment dans les secteurs de la finance, de l'import-export et du commerce, sont particulièrement exposées. Les cybercriminels piratent les messageries électroniques professionnelles et usurpent l'identité de dirigeants pour ordonner des virements frauduleux. Les escroqueries aux sentiments, via les réseaux sociaux et les applications de rencontre, progressent également. Les criminels créent de faux profils pour nouer des relations de confiance avec leurs victimes avant de les dépouiller. Les pertes mondiales liées à ces escroqueries sont estimées à plus de 1,3 milliard de Dollars, soit plus de 700 milliards de FCfa. Selon le rapport, ces escroqueries sont, pour la plupart, facilitées par les smartphones.
Avec le développement rapide du mobile banking au Sénégal, les smartphones sont devenus des cibles de choix pour les cybercriminels. Les chevaux de Troie bancaires, ces programmes malveillants qui volent identifiants et données bancaires se multiplient. Les campagnes d’hameçonnage ciblent les utilisateurs pour les rediriger vers de faux sites bancaires et leur soutirer leurs informations personnelles.
Plus de 2 000 milliards FCFA de pertes
Les cybercriminels opérant au Sénégal et sur le continent exploitent désormais l'Intelligence artificielle (Ia) pour perfectionner leurs attaques. Les Ia de langage, comme ChatGPT, permettent de générer des courriels frauduleux plus convaincants, sans fautes d'orthographe, imitant le style d'écriture des victimes?
Selon Interpol, la sous-déclaration des cyber-infractions reste un problème chronique, exacerbé par l'absence de plateformes de signalement dédiées dans certains pays. L'hygiène informatique insuffisante continue de saper la cyber-résilience à travers le continent. Conséquences, plus de 4 milliards de Dollars de pertes (deux mille deux cent soixante-dix milliards de FCfa), des hôpitaux paralysés, des banques nationales prises en otage, des millions de citoyens escroqués.