Législatives : la cohabitation se dessine, BBY revendique 'sa' victoire

La coalition présidentielle a revendiqué une victoire aux élections législatives organisées dimanche 31 juillet. Un succès contesté par l'opposition qui parle de "majorité préfabriquée".

Des partisans du président sénégalais Macky Sall et de sa coalition Benno Bokk Yakaar, le 29 juillet à Dakar (JOHN WESSELS / AFP)

"Nous avons gagné 30 départements" sur les 46 que compte le Sénégal et des circonscriptions à l'étranger. "Ceci nous donne incontestablement une majorité à l'Assemblée nationale", a déclaré dimanche soir à la presse la tête de liste de la coalition présidentielle, Aminata Touré.

"Nous avons donné une majorité à l'Assemblée nationale à notre président de coalition", Macky Sall, a ajouté Aminata Touré, sans donner le nombre de députés obtenus par son camp ni préciser s'il s'agit d'une majorité relative ou absolue. Elle a reconnu la défaite de sa coalition à Dakar.

La réplique n'a pas tardé du côté de l'opposition. Un responsable de la coalition dirigée par le principal opposant Ousmane Sonko, Barthélémy Dias, a parlé de "vulgaire mensonge" et de "majorité préfabriquée", sur la radio privée RFM. "La cohabitation est inévitable. Vous avez perdu cette élection au niveau national. Nous ne l'accepterons pas. Cette forfaiture ne passera pas", a précisé Barthélémy Dias, également maire de Dakar, sans donner de chiffre.

L'opposition a affirmé vouloir mettre à profit ces élections pour imposer une cohabitation au président Sall, qui espère, lui, conserver une large majorité. Ces législatives font figure de test après les élections locales de janvier, remportées par l'opposition dans de grandes villes de ce pays d'Afrique de l'Ouest réputé pour sa stabilité, comme Dakar, Ziguinchor (sud) et Thiès (ouest).

Les législatives, à un seul tour, visent à renouveler pour cinq ans les 165 sièges du Parlement monocaméral largement contrôlé par le camp présidentiel. Macky Sall a promis de nommer un Premier ministre, poste qu'il avait supprimé puis rétabli en décembre 2021, au sein de la formation victorieuse des élections.

Quelque sept millions de Sénégalais étaient appelés pour ce scrutin qui s'est déroulé sans incidents majeurs, dont la participation était de 22 % au niveau national dimanche à 13 h (locales et GMT), selon le ministère de l'Intérieur.

La Commission nationale électorale autonome (Cena), qui supervise le vote, a déployé quelque 22 000 observateurs. Des experts de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) et de la Francophonie sont également présents.

Huit coalitions sont en lice pour ces élections dont celles de la majorité et "Yewwi Askan Wi" (Libérer le Peuple en langue wolof), la principale coalition de l'opposition, formée autour d'Ousmane Sonko, arrivée troisième de la présidentielle de 2019. Celle-ci s'est alliée à la coalition "Wallu Sénégal" (Sauver le Sénégal en wolof), dirigée par l'ex-président Abdoulaye Wade. La moins bien placée dans un département s'engage à soutenir l'autre pour "imposer une cohabitation gouvernementale".

Le scrutin se déroule dans un contexte de hausse des prix, conséquence notamment de la guerre en Ukraine, argument utilisé par l'opposition contre le pouvoir qui met en avant les subventions des produits pétroliers et des denrées alimentaires ainsi que son programme de construction d'infrastructures.

L'opposition veut aussi contraindre Macky Sall à renoncer à toute velléité de candidature en 2024. Le président Sall, élu en 2012 pour sept ans et réélu en 2019 pour cinq ans, maintient le flou sur ses intentions à 19 mois de la présidentielle. "Si Macky Sall les perd [les législatives, NDLR], il ne parlera plus de troisième mandat", a assuré Ousmane Sonko.

La précampagne avait été marquée par de violentes manifestations qui avaient fait au moins trois morts en raison de l'invalidation par le Conseil constitutionnel des titulaires de la liste nationale de la coalition dirigée par Ousmane Sonko.

Plusieurs figures de l'opposition, parmi lesquelles Ousmane Sonko lui-même, ont été contraintes de renoncer à participer aux élections, dénonçant un stratagème du président pour écarter ses adversaires.

Le 29 juin, l'opposition avait finalement calmé le jeu en acceptant de participer au scrutin, qu'elle menaçait jusqu'alors d'empêcher.

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