Libertés civiques : la très mauvaise note du Sénégal (Rapport)

Dans un nouveau rapport publié mercredi, Civicus Montor, une plateforme qui fait un suivi de la liberté d'association, de réunion pacifique et d'expression dans 198 pays et territoires, classe le Sénégal dans les pays ayant connu le plus grand recul en matière de libertés civiques au monde

Manifestants lors des emeutes de Juin

Dans un nouveau rapport publié mercredi, CIVICUS Monitor, une plateforme qui fait un suivi de la liberté d'association, de réunion pacifique et d'expression dans 198 pays et territoires, a annoncé que l'espace civique du Sénégal est désormais considéré comme « réprimé » en raison d'un contexte marqué par la répression constante des journalistes et de l'opposition politique à l'approche des élections en février prochain.

Le rapport intitulé "Le pouvoir du peuple sous attaque 2023", décrit en détail l'état de l'espace civique dans 198 pays et territoires. Les informations recueillies dans le rapport montrent que les libertés de réunion, d'association et d'expression se sont fortement dégradées au Sénégal durant l'année écoulée.

"Les forces de sécurité ont tué des manifestants de l'opposition dans les rues et ont emprisonné des critiques, notamment des journalistes et des militants, dans le but d'étouffer toute contestation dans le cadre d'une campagne électorale tendue", peut-on lire dans le document. "Nos données montrent que le Sénégal a connu l'un des plus grands reculs en matière de libertés civiques de 2023 au monde", affirme Ine Van Severen, chercheuse à CIVICUS Monitor.

Le rapport souligne : "le déclassement du Sénégal est presque entièrement dû à la répression des libertés civiques qui a accompagné́ l'emprisonnement et les poursuites judiciaires à l'encontre du chef de l'opposition Ousmane Sonko avant les élections. Les forces de sécurité ont utilisé́ une force excessive et létale durant les manifestations de ses partisans, ce qui a conduit à des affrontements qui ont fait des dizaines de morts".

Pour tenter de juguler les manifestations, poursuit le document, les autorités sénégalaises ont restreint l'accès à Tik-Tok et à l'internet mobile, et ont suspendu plusieurs médias. Elles ont également arrêté et poursuivi plusieurs journalistes qui ont couvert le procès de Sonko, notamment le journaliste de Dakar Matin, Pape Alé Niang, arrêté trois fois en moins d'un an.

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La police a également arrêté des défenseurs des droits de l'homme". Selon le rapport, les autorités ont dissous le parti d'opposition de Sonko, le PASTEF, ce qui a encore plus réduit l'espace de la contestation politique. "Nous sommes profondément inquiets de voir les violations se poursuivre et s'intensifier avant les élections de février 2024", ajoute Ine Van Severen.

La chercheuse indique: "les dirigeants et les alliés du pays doivent prendre des mesures immédiates pour que les citoyens puissent jouir des piliers de la gouvernance démocratique, notamment de manifestations pacifiques, d'une presse sans entrave et d'élections libres et justes". CIVICUS Monitor a révélé qu’en 2023 que près d'un tiers de l'humanité, soit 30,6 % de la population mondiale, vit dans des pays « fermés », c'est-à-dire dans le contexte le plus restreint de tous.

"C'est le taux le plus élevé jamais enregistré depuis la parution du premier rapport de CIVICUS Monitor en 2018", précise le rapport. Les autres pays déclassés cette année sont le Bangladesh (fermé), la Bosnie-Herzégovine (entravé), l'Allemagne (rétréci), le Kirghizstan (réprimé), le Sri Lanka (réprimé) et le Venezuela (fermé)", selon le document.

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