Ex-capitaine Touré, PAN, Ndèye Kh. Ndiaye : le crépuscule des idoles de Sweet Beauty
Adulés et portés en triomphe hier, ils sont aujourd’hui voués aux gémonies et sujets aux critiques les plus acerbes. Ils ont pour nom Pape Alé Niang, Directeur général de la Rts, Seydina Oumar Touré, Directeur général de l’Agence d’assistance à la sécurité de proximité (Asp), Ndèye Khady Ndiaye, propriétaire du salon de massage Sweet beauty… Au plus fort du combat mené par Ousmane Sonko contre l’ancien régime de Macky Sall, ils se sont distingués en fervents défenseurs du leader de Pastef, jurant sa vertu et assurant sa morale, envers et contre tous. Érigés en figures emblématiques de la lutte par les militants de Pastef, ils ont longtemps bénéficié d’un fort capital de sympathie. Organisations de cagnottes, soutiens populaires, promotions ou nominations après l’arrivée au pouvoir du duo Diomaye-Sonko : leurs trajectoires ont, à des degrés divers, été associées à cette nouvelle séquence politique.
Mais leurs prises de position récentes semblent désormais les éloigner d’une partie de ceux qui les avaient portés aux nues. Le clash du duo au pouvoir a entraîné une remise en question des certitudes d’hier. La rupture entre le Président Bassirou Diomaye Faye et l’ancien Premier ministre et actuel président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, a également créé une dissension au sein des militants. Les affidés de Sonko d’hier qui, aujourd’hui, ont pris faits et cause pour le chef de l’Etat, sont accusés de trahison et de reniement, les idoles d’hier semblent devenues les parias d’aujourd’hui.«Des soutiens circonstanciels au combat de Sonko»
Désillusion vis-à-vis de Pastef ?
Véritables icônes ? Le Dr Saliou Ngom, socio-politiste, interrogé par L'OBS, relativise. «Il faut d’abord relativiser l’idée qu’il s’agirait de ‘’figures de Pastef’’. Ce sont surtout des soutiens circonstanciels au combat de Sonko, à un moment où Pastef était fortement bousculé par le pouvoir. Leur proximité avec ce combat leur a donné un important capital de sympathie auprès des militants, sans pour autant en faire des militants du parti. » De plus, souligne-t-il, il faut s’arrêter sur les positions occupées par ces personnes. «Par exemple, la Rts et l’Asp sont des postes stratégiques, et leur attribution relève de la prérogative de nomination de la majorité présidentielle. Ce sont aussi des fonctions qui supposent une certaine adhésion à l’action du gouvernement et une loyauté institutionnelle. On a aujourd’hui le sentiment que le président attend de ses directeurs une loyauté assez forte à l’égard de l’institution présidentielle.»
La pression semble d’ailleurs particulièrement forte sur ceux qui affichent leur proximité avec Sonko ou avec Pastef, ajoute-t-il. «Dans ce contexte, ceux qui souhaitent conserver leur poste peuvent être conduits à réaffirmer leur loyauté au Président Diomaye et à son nouveau cadre politique. Cela peut expliquer certaines prises de distance, sans qu’il soit nécessaire d’y voir une véritable rupture idéologique.»
"Le a fait tomber le mythe"
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Enseignant-chercheur en philosophie politique, Dr Malaw Kanté est d’avis qu’on peut considérer que les personnes citées se battaient sans rien attendre en retour, car elles pouvaient tout obtenir si elles avaient choisi à l’époque, le camp de Macky Sall. «C'est pourquoi, beaucoup de Sénégalais (et en particulier les Pastefiens) avaient de la sympathie à leur égard. Même si tout le monde n'était pas d'accord avec leur combat, on les admirait pour leur conviction et leur principe de loyauté... Mais la politique a ses démons. L'exercice du pouvoir permet souvent de faire tomber les mythes. Celui que l'on croyait être le sauveur, l'homme providentiel ou le messie se heurte à cette réalité.» Selon lui, après deux ans de pouvoir, le "miracle Sonko" ne s'est pas réalisé. «Les contradictions, les fausses accusations, une gestion nébuleuse ou du moins douteuse... ont fini par créer une lassitude voire une désillusion. Les plus radicaux parmi ses partisans sont aujourd'hui devenus très critiques envers sa personne.
En vérité, Sonko n'est pas simplement victime de ses promesses, sa mauvaise gestion de certains dossiers étatiques a contribué à sa "déchéance populaire".» Sans faire d'amalgame, Dr Kanté estime que cette situation rappelle, à bien des égards, celle d'Adolf Hitler. « Le Führer avait des partisans fanatiques, prêts à donner leurs vies pour défendre la cause nazie. Certains se sont fait assassiner, d'autres sont allés en prison pour lui (c'est le cas de Hess Rudolf). Mais une fois au pouvoir, les plus fidèles ont changé de veste pour remettre en cause les idées de ce dernier. Parmi les plus célèbres, nous avons Hermann Goering, Erwin Rommel, Himmler etc.» Le Dr Saliou Ngom relève que ce qui est intéressant, c’est que ces repositionnements deviennent plus visibles au moment où la séparation politique entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko devient elle-même plus nette. «Je parlerais donc moins de désillusion que de repositionnement dans un nouvel espace de pouvoir, où la loyauté institutionnelle devient un élément important parce que d'un côté comme de l'autre, on prépare des élections.»
«Le pouvoir a brisé les ailes de Sonko»
Le constat est que le retournement de veste est de plus en plus fréquent chez les anciens inconditionnels du leader de Pastef. Plusieurs de ses admirateurs d’hier commencent à lui tourner le dos. Pour le Dr Kanté, Ousmane Sonko qui était presque un demi-dieu, avec une ‘’aura mythique’’ quand il était dans l’opposition, n’a pas vraiment charmé quand il est arrivé au pouvoir à cause d’un bilan chaotique. «C'est ce qui explique cette intrépidité de ses partisans ou alliés à le critiquer ouvertement et à dénoncer sa gestion. Dans un passé récent, celui qui osait dire du mal de lui, risquait d'être traqué ou menacé. Le pouvoir a brisé les ailes de Sonko. Les gens n'ont plus peur. La pusillanimité a cédé la place au courage. Les militants deviennent de moins en moins radicaux et acceptent enfin cette réalité : leur leader est un politicien comme les autres. »
Et dès lors, poursuit-il, on peut le quitter et changer de navire au gré du vent. Pour ce qui est des prochaines échéances électorales, Dr Kanté est d’avis que ce qu'on a vu du passage de Sonko à la Primature n'est pas si reluisant pour espérer son retour au pouvoir en 2029, si tant est qu'il soit candidat. Ce qui pourrait laisser la voie libre et donner plus de marge de manœuvre aux autres leaders de l’opposition. «Le jeu politique devient plus ouvert. Des chefs de partis comme Amadou Ba, Bougane Guèye Dany, Khalifa Sall… peuvent espérer revenir en force. Aussi, le Président Bassirou Diomaye Faye aura de bonnes raisons de croire en ses chances pour 2029. Mais d'ici là, il faut montrer de véritables réalisations pour conquérir les cœurs.»