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Un président qui hésite à dire ce qu'il veut dire… [Chronique]

Le président de la République nous a donc parlé. Il s'est encore adressé aux « hôtes étrangers qui vivez parmi nous ». Il a évoqué son bilan défendable, son plan, ses œuvres sociales, ses ambitions pour le Sénégal. Mais ceux qui l'attendaient sur le débat anxiogène relatif à la candidature ont dû déchanter. Pour le moment, Macky Sall n'a pas jugé nécessaire de dire sa position sur le mandat de manière solennelle.

Macky Sall, président de la République du Sénégal.

Depuis son « ni oui ni non », lors d’un entretien qui s’est tenu au Palais présidentiel le 31 décembre 2019, il l’évite et se montre irrité par le sujet. Ce jour-là, le chef de l’État sénégalais avait préféré faire dans le clair-obscur. « Ma réponse ne sera ni Oui, ni Non », avait-il déclaré, ajoutant que « la question est évoquée depuis plusieurs années, avant les élections et à la même époque l’année dernière. Et quelle que soit la réponse que j’y apporterai, le débat sur le mandat ne sera pas terminé. Si je dis que je ne serai pas candidat, tous mes ministres et collaborateurs vont arrêter de travailler. Rien ne va plus marcher dans ce pays. Si je dis que je serai candidat, les marches vont se multiplier ».

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Aujourd’hui, on se rend compte que derrière cette position, se cachait une stratégie rondement menée. L’équilibre entre le « non » et le « oui » n’était pas sincère. Sont bannis tous ceux qui rappellent les propos du « mentor » expliquant qu’il ne pouvait plus se présenter et que la Constitution stipule que « nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs ».

Sory Kaba alors Directeur des Sénégalais de l’Extérieur, responsable de l’Alliance pour la République (Apr) ainsi que Moustapha Diakhaté ex-président du Groupe Benno Bokk Yakaar sont les premiers à être victimes de cette « charte ». Un partisan averti en vaut deux.

Ceux qui plaidaient pour une candidature et une présidence jusqu’en 2035 sont encouragés et applaudis. Dès lors, cette débauche d’énergie actuelle pour « investir le candidat Macky Sall » suit une certaine logique.

Le concerné, même s’il se garde de le dire, nourrit des ambitions de briguer une troisième fois le suffrage des Sénégalais après ses succès de 2012 et de 2019.

Tout dans ses faits et gestes illustrent une telle volonté. Ses plus proches partisans ne cessent d’organiser des meetings à grand renfort médiatique pour essayer, souvent laborieusement, d’expliquer le « bien-fondé » d’une telle candidature.

Les derniers assauts en date ont été observés après le discours présidentiel du nouvel an. Les interventions des ministres Alioune Sow et d’Abdoulaye Seydou Sow ont été les plus retentissantes. Le premier se disait prêt à faire face à un « troisième essai » de Sall qu’il soupçonnait à la suite d’une rencontre à deux, à la veille de la présidentielle de 2019.

Aujourd’hui, il défend avec le même engagement le contraire de ce qu’il disait non sans conviction apparente. Toutes ses deux sorties foncièrement opposées ont été prononcées sur la Télé Futurs Médias (Tfm). La Video Assistant Referee (Var) a fini par révéler les tares de cet ancien ministre de Wade qui a fini par rejoindre Sall. Adieu les principes et les oppositions fortes et bien articulées.

Le deuxième, Abdoulaye Saydou Sow a très tôt accepté la « main tendue » du président. Il est un peu mieux placé que l’actuel ministre de la Culture mais son statut de « transhumant » défenseur invétéré des intérêts du moment, délégitime sa posture actuelle.

Ceux-là qui ont grandement participé à la chute de Wade, l’ont quitté sans hésitation après le déluge. S’ils s’engagent autant, c'est en grande partie pour préserver leur part du gâteau. Ils ne se préoccupent que peu du sort de leur chef du moment. Ils sont malheureusement nombreux dans cette catégorie d’opportunistes qui accompagnent les dirigeants.

Des dithyrambes pour conforter des privilèges. Des saltimbanques qui ferment les yeux sur les éventuels dangers qui guettent leur bienfaiteur immédiat. Il est évident que beaucoup d'entre eux n’ont pas le choix. Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. L'adage est bien connu ici.

Le troubadour Khadim Samb qui lui demande de « dire ce qu’il veut dire » fait partie de cette engeance.

Macky Sall qui a la chance d’avoir été aux côtés de Wade dans la gestion du pouvoir de 2000 à 2008 avant de se brouiller avec lui, est très bien placé pour ne pas entrer dans le piège de ses « amis-ennemis ».

Deux possibilités s’offrent à lui : entrer dans l’Histoire ou rester dans les poubelles de l’histoire. Il préfère maintenir le suspense qui alimente la tension.

Chronique parue dans le quotidien L'Info, le lundi 2 janvier 2023.

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