Après les violences, les Sénégalais à l'épreuve d'un internet réduit

Soxna Fall a vidé ses portefeuilles numériques dès qu'elle a pu. Les temps sont incertains au Sénégal après les violences de la semaine passée, y compris pour internet, et cette mère de famille ne sait pas à quel moment elle pourra à nouveau disposer de son argent.

Retablissement-de-la-connexion-Internet-mobile-au-Senegal

Ils sont nombreux à avoir fait de même à la première heure lundi après que le gouvernement eut annoncé la veille dans un communiqué de cinq lignes suspendre l'internet des données mobiles dans un contexte de vives tensions. Cette mesure a impacté l'économie, déjà malmenée par les troubles qui ont agité le pays pendant trois jours, mais aussi le quotidien des Sénégalais, rappelant combien, même avec de faibles revenus, l'internet a pénétré leur vie.

En suspendant l'accès aux données à partir des téléphones portables après avoir restreint l'accès à des plateformes aussi populaires que WhatsApp, Facebook ou TikTok, le gouvernement a aussi conforté les accusations portées contre lui d'atteinte aux libertés au nom du maintien de l'ordre. Dans le quartier des Maristes à Dakar, Soxna Fall est moins préoccupée pour le moment par ces grandes considérations que par la nécessité de disposer de liquide pour régler ses frais.

Comme de nombreux compatriotes, en temps normal elle recourt constamment sur son portable à l'un des principaux services de paiement et de transfert d'argent, Orange Money ou Wave, pour les opérations de tous les jours, jusque chez le boulanger. Avec la coupure des données mobiles, cette facilité est remise en cause. Alors elle a "retiré tout son argent" de ses portefeuilles numériques Orange Money et Wave dans un des points de transfert d'argent qui abondent dans la capitale. "Rien n'est sûr désormais, elles (les autorités) peuvent de nouveau couper l'internet à tout moment", sourit-elle, soulagée de tenir son argent dans ses mains.

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Les coupures sont intermittentes. Il faut donc trouver le bon moment où le point de transfert est lui-même connecté. Juste avant elle, Maïmouna Sall, 28 ans, a fait comme elle, retirant 37 000 francs CFA (56 euros) d'un compte et 63 000 (96 euros) d'un autre, dans la même minuscule échoppe multiservices décorée d'affiches Orange Money, Wave, MoneyGram et Western Union.

Internet, le nouveau terrain de contestations et de restrictions

Si les plateformes servent à bien des transactions, beaucoup d'autres se font encore en billets de la main à la main. Pape Malick Diagne, le gérant de la boutique des Maristes, raconte avoir reçu entre la matinée et la mi-journée une trentaine de clients, tous venus procéder à des retraits. D'habitude, en début de mois, les clients viennent plutôt déposer leurs salaires. "Mais là, c'est tout le contraire. Depuis la coupure d'internet, les gens sont paniqués, et ils se précipitent pour retirer leur argent", explique-t-il.

Le Sénégal a connu entre le 1er et le 3 juin ses pires troubles depuis des années après la condamnation à deux ans de prison ferme de l'opposant Ousmane Sonko dans une affaire de mœurs qui paraît le rendre inéligible pour la présidentielle de 2024. Il y a eu au moins 16 morts et des dégâts considérables. Le gouvernement a employé de gros moyens pour réprimer des heurts visant selon lui à déstabiliser l'État, et a indiqué avoir procédé à des centaines d'arrestations.

Comme les restrictions d'accès à internet, il a justifié la suspension des données mobiles par "la diffusion de messages haineux et subversifs". De nombreuses ONG comme Amnesty International ou Human Rights Watch ont réclamé le rétablissement de l'accès à internet, en plus de l'arrêt de la "répression" exercée selon elles par les autorités.

Une plainte du Restic !

Les restrictions imposées à internet touchent les Sénégalais au plus près. Les transferts d'argent de Sénégalais de l'étranger vers le pays jouent un rôle économique et social considérable. Des experts soulignent la dépendance de bien des entreprises non seulement à internet mais aux réseaux sociaux.

A quelques jours du premier vol pour le pèlerinage de la Mecque (vers le 26 juin), des voyageurs peinent à finaliser les dernières démarches. Hawa Ly, 50 ans, a raconté ne plus avoir de nouvelles de son agence de voyage. "Nous ne savons toujours pas pour quel jour est programmé notre vol", confie-t-elle, inquiète. Imam Mbodj, lui, n'est même plus sûr de partir. "On est dans l'incertitude totale", dit-il.

Le Restic, un réseau d'entreprises des technologies de l'information et de communication, a pressé le gouvernement de lever toutes les restrictions. Les plateformes de messagerie instantanée (comme WhatsApp) sont des "leviers de travail pour des milliers d’entrepreneurs individuels à la recherche de revenus pour leur survie", a-t-il écrit. Le gouvernement a fini par annoncer mardi soir rétablir l'internet des données mobiles.

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