Les confessions des professeurs accusés d'avoir délogé les élèves

Deux professeurs du lycée de Diouloulou risquent la radiation pour avoir "délogé" les élèves. Selon un rapport de l’inspection d’Académie de Ziguinchor, deux professeurs de français et de philosophie dudit lycée se sont permis de perturber volontairement les enseignements-apprentissages dans l’établissement, le mardi 16 mai 2023 à partir de 9 h 15 mn en marge du procès Ousmane Sonko-Adji Sarr.

Lycée

D’après le proviseur, ces enseignants ont pris la décision sur eux d’aller de classe en classe déloger les élèves parce que, disent-ils, «le pays va mal». Abdoulaye Diatta, professeur Philosophie au lycée de Diouloulou donne sa version des faits.

"Je n'étais au courant de rien du tout"

"Pour le procès du 16 mai (Sonko-Adji Sarr), le lundi 15 mai, je suis parti faire un cours de renforcement à l’école. Parce que la semaine d’après, on devait avoir des devoirs communs du lundi au vendredi. On risquait de perdre des heures. Quand j’ai entendu des bruits dehors, je pensais que des étudiants étaient en mouvement. Mais à peine sorti, j’ai vu la population dehors en train de barrer la route nationale 5 qui relie Bignona et la Gambie. Rien que par leur parole, j’ai compris qu’elles étaient en train d’anticiper sur le procès du 16 mai. Elles promettaient de déloger tous les élèves. Donc, je n’étais même pas au courant de l’organisation de la manifestation. Le 16 mai, quand les manifestants sont venus au lycée, on a constaté que les élèves n'étaient plus dans les salles, mais dans l’enceinte. Cela nous a rappelé ce qui s’est passé lors du procès Sonko-Mame Mame Niang et les altercations entre des membres de l’administration du lycée et des manifestants."

La discussion avec les manifestants

"Lambal est venu me dire : «Diatta, allons parler aux manifestants pour qu’ils ne répètent pas les mêmes erreurs». On est partis pour parler avec les manifestants qui étaient déjà au Cem. On leur a dit : «La manifestation n’est pas synonyme de violence, de menaces ou de confrontations avec les membres de l’administration. Adressez-vous aux autorités, exposez vos doléances, discutez avec elles dans le calme et le respect.» Après, Lambal et moi sommes repartis, mais le censeur nous interpelle. Il nous dit : «Ce que vous faites, ce n’est pas normal.» Il pensait que nous étions revenus pour déloger les élèves. Je lui ai dit : «censeur, nous sommes venus pour parler aux manifestants, les dissuader d’utiliser la force». Après on est allé à la salle des professeurs pour discuter avec le censeur et les manifestants nous ont suivis. Qui ne sait pas croira que nous sommes venus pour rencontrer l’administration, alors qu’on voulait éviter des violences dans l’enceinte de l’école. Les autres ont mal interprété notre intention et ont dit qu’on est venus déloger les élèves."

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"Aucune classe n'a été délogée"

Mais aucune classe n'a été délogée ni par M Diatta ni M Lambal. On est rentrés ensemble avec les manifestants parce que la distance qui nous séparait d’eux ne faisait même pas 2 mètres. Quand on a fini la discussion, l’intendant a demandé à nous voir Lambal et moi. Après la discussion, à peine sortis, nous avons constaté que les salles étaient fermées. Ce qui veut dire que les manifestants avaient réussi à déloger les élèves."

"Ce serait une honte pour moi d’aller déloger mes élèves"

"Je ne peux pas me rabaisser de cette façon. Je n’ai délogé aucun élève et personne ne peut affirmer le contraire. Mes collègues peuvent en témoigner. Je m’en tiens au rapport que j’ai eu avec l’Inspecteur d’académie et le proviseur. J’évite les réseaux sociaux pour ne pas me déstabiliser."

Cornet Lambal, prof de Lettres Modernes

"Professeur au Lycée de Diouloulou, Cornet Lambal, 39 ans, a indiqué que leur objectif était de faire une médiation entre l'administration et les manifestants afin d'éviter que les élèves soient délogé. Abdoulaye Diatta et moi sommes allés à la rencontre des manifestants d'aller discuter avec l'administration dans l'intention qu'elle parvienne à les dissuader. Nous cherchions juste à apaiser la tension afin qu'ils ne sèment pas le désordre comme la dernière fois lors du procès en diffamation (...) Les élèves ont été délogés pendant que nous étions dans le bureau de l'intendant. Dans le rapport du proviseur qui a fuité, il y a de fausses notes."

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