Propos anti-migrants : des étudiants sénégalais de Tunisie se confessent

Des Sénégalais traumatisés par les scènes de violence exercées sur les noirs en Tunisie, racontent l'horreur.

Etudiants sénégalais en Tunisie

Le président Kaïs Saïed a suscité la polémique en reprenant à son compte une rhétorique complotiste et xénophobe à l'encontre des migrants subsahariens présents en Tunisie. Pis, une vague de répression vise depuis début février 2023 les migrants subsahariens en Tunisie, soit plusieurs dizaines milliers de personnes.

Le climat de défiance est par ailleurs exacerbé par un discours xénophobe sur les réseaux sociaux, et de récents propos du président tunisien. Plus de 300 ressortissants subsahariens, dont des enfants et des étudiants, ont été placés en garde à vue dans plusieurs villes tunisiennes entre les 14 et 16 février 2023.

Des Sénégalais ne font pas exception à la « chasse à l’homme ». L'Observateur a recueilli les témoignages de Kh. D., membre de l’Association des étudiants et stagiaires sénégalais en Tunisie. Joint au téléphone par L’Observateur, avant-hier samedi, il se confesse sous le couvert de l’anonymat par peur de représailles des autorités tunisiennes.

«Je suis toujours en territoire tunisien, donc je suis tenu d’être prudent. On ne sait pas avec ces gens », glisse-t-il. Avant de raconter le calvaire que lui et ses compatriotes sénégalais vivent :

« Un sentiment de peur nous anime tous. Depuis des jours, nous ne sortons plus de chez nous. Nous nous sommes tous terrés dans nos appartements, car nous ne voulons pas que les Tunisiens exercent des violences sur nous. Seulement, la situation est moins tendue dans les autres régions que dans la capitale. Tunis est touchée par les exactions ciblant les noirs. D’ailleurs demain (Hier dimanche, Ndlr), les Tunisiens ont prévu d’organiser un rassemblement pour dénoncer la présence des étrangers, surtout les subsahariens sur leur sol. Nous avons reçu l’ordre de rester chez nous. C’est une situation très tendue, même si, pour le moment, les Sénégalais sont épargnés par cette violence. N’empêche, nous vivons une crainte parce que rien ne nous dit que nous ne serons pas leur cible dans les prochains jours », raconte-t-il.

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Elle ajoute : « les étudiants sénégalais ne vont plus à l’Université. Ils font des cours en ligne. Ceux qui n’ont pas cette possibilité-là, se tournent le pouce. Donc, vraiment si nous pointons le nez dehors, c’est pour un cas de force majeur ».

Une famille sénégalaise expulsée de la ville de Thala

Dans son récit repris par L'Observateur, ce membre de l’Association des étudiants et stagiaires sénégalais en Tunisie fait état de l’interpellation, «pour le moment, de deux Sénégalais au cours d’une rafle. L’un a été libéré car il disposait de carte de séjour dûment signé et l’autre a été placé dans les centres dans la mesure où il n’avait ni passeport ni de carte de séjour».

Il ajoute qu’un autre Sénégalais qui vivait dans la ville de Thala avec sa famille a été expulsé de son appartement où il logeait avec sa femme et sa fille.

« Cette famille a trouvé refuge à Tunis où elle est hébergée par un responsable de l’Association des Sénégalais en Tunisie. Pour dire vrai, nous avons tous peur. Nous vivions ici le racisme, mais depuis que le Président a fait sa sortie, les choses se sont empirées. Les migrants qui ne détiennent pas de carte de séjour sont traqués par la police. Nous vivons l’enfer. Mais, quand il y a une arrestation de Sénégalais, les responsables de nos associations se mobilisent pour les faire libérer… ».

Moussa Fall, lui aussi, membre de l’Association des Sénégalais en Tunisie (Ast) raconte:

« les Sénégalais vivent, pour le moment, en toute tranquillité car ils n’ont encore fait l’objet d’aucune violence physique, mais la menace est toujours là. Les policiers qui font des rafles quotidiennes mettent tous les noirs dans le même sac. C’est pourquoi nous avons décidé de rester chez nous en attendant que la situation revienne à la normale. Nous ne prenons pas le risque de sortir. Dès qu’une personne tape à nos portes, nous pensons automatiquement à la Police ou à des gens mal intentionnés. Cette psychose nous empêche de dormir à poings fermés. Cependant, nous devons nous féliciter du soutien des organisations de défense des Droits de l’Homme, les Ong et même des Tunisiens épris de justice, notamment nos collègues de travail, qui nous appellent ou nous envoient des messages pour nous soutenir dans cette épreuve ».

Moussa Fall révèle : « les informations sont tirées du groupe WhatsApp où les Sénégalais exposent leurs difficultés. On est un peu rassurés. Parfois, on y balance des vidéos montrant des maisons de migrants attaquées. Touchons du bois car seul un Sénégalais a été victime de ces attaques-là. (…). Je précise que j’ai travaillé durant tout le week-end, mais je vois rarement de noirs dans les rues. Ils sont tous terrés chez eux. Des Sénégalais ont été arrêtés, mais la majorité d’entre eux ont été libérés ».

Etudiant en Master II, Moustapha Sarr vivant lui aussi dans la psychose de l’enfer tunisien, déclare : « Au début de cette affaire, seuls les émigrés clandestins ont été la cible des policiers. Mais, finalement ils ont mis tous les noirs dans le même sac, car ils ne pouvaient pas faire la différence. Deux ressortissants maliens, bien qu’ils détenaient des cartes de séjour, avaient été condamnés à 6 jours de prison. C’est pourquoi pour éviter de subir ce même sort, nous avons préféré rester chez nous. Les écoles privées, conscientes de la situation, ont publié des communiqués pour demander aux étudiants de rester chez eux. Elles ont aussi pris les devants en leur demandant de les avertir en cas d’arrestation par la Police. Personnellement, j'ai bravé le danger pour aller, vendredi dernier, à l’Université voir mon professeur-encadreur. C’est lui-même qui m’a ramené chez moi pour éviter que je sois arrêté ou agressé. C’est une situation difficile et stressante à laquelle nous devons faire face… »

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