Aliou Sall alerte sur les risques de faibles performances au BAC
Administrateur des Cours Privés Amadu et Kumba (Copak), Aliou Sall, ancien directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (Cdc) évoque la réforme annoncée de l'enseignement secondaire pour la future série "Agriculture, Environnement et Agroalimentaire (AEA). L’ancien maire de Guédiawaye alerte sur une surcharge horaire intenable qui pourrait aboutir sur de faibles performances au baccalauréat. In extenso sa déclaration :
La réforme annoncée de l'enseignement secondaire prévoit le regroupement des séries actuelles en quatre grandes filières : Mathématiques, Sciences et Informatique ; Langues, Sciences Économiques et Sociales ; Agriculture, Environnement et Agroalimentaire (AEA) et, enfin, Technologies et Sciences de l'Ingénieur. Pour la filière AEA, l'hypothèse actuellement évoquée serait la fusion des séries S4 (Agriculture-Environnement) et S5 (Agroalimentaire).
Une surcharge horaire intenable
Pour mémoire, les séries S4 et S5 relèvent de l'enseignement technique. Elles se caractérisent par un cumul des disciplines techniques spécifiques (phytotechnie, zootechnie, pédologie, technologie alimentaire, etc.) et de l'intégralité du programme d'enseignement général de la série S2 (Mathématiques, Physique-Chimie, SVT, Français, Histoire-Géographie, Anglais).Les élèves de S4 et S5 doivent ainsi assumer le programme complet de la S2, auquel s'ajoutent les matières techniques. Il en résulte une surcharge horaire intenable.
Sur le terrain, les chefs d'établissement sont contraints de réduire de fait les volumes horaires des disciplines fondamentales (Mathématiques, Physique, SVT) pour couvrir l'ensemble des matières techniques.Cette situation se traduit notamment par de faibles performances au baccalauréat en Mathématiques et en Physique ainsi que des résultats très en retrait au concours d'entrée à l'ENSA, pourtant débouché naturel de ces séries. Les élèves de S4/S5 y sont devancés par ceux de la série S2, les épreuves du concours d’entrée à l’ENSA faisant la part belle aux mathématiques, à la physique et aux SVT.
Une fusion additive des deux séries, sans refonte des programmes, aboutirait mécaniquement à une aggravation de la surcharge horaire et à un affaiblissement supplémentaire du socle scientifique des apprenants. Comment donc garantir à nos futurs agronomes, ingénieurs agroalimentaires et environnementalistes à la fois un socle scientifique solide, une véritable préparation technique et des chances équitables d'accès aux instituts universitaires et aux écoles d'ingénieurs ? Nous préconisons de réformer les programmes fondamentaux par l'approche par compétences.
Il faut supprimer les redondances avérées avec les disciplines techniques
Au lieu de reconduire le programme de la série S2 à l'identique dans la nouvelle série AEA, les programmes de Mathématiques, de Physique-Chimie et de SVT devraient être redéfinis à partir du référentiel de compétences de l'agronome et de l'agroalimentaire. Il est par exemple possible de privilégier les Mathématiques appliquées (statistiques, fonctions de croissance, modélisation), la Chimie et la Biochimie appliquée.En SVT, il sera utile de supprimer les redondances avérées avec les disciplines techniques (pédologie, biologie végétale, zoologie, microbiologie) afin d'alléger le programme et recentrer la SVT sur ce qui n'est pas déjà traité dans ces disciplines.
Nous proposons aussi d’éliminer purement et simplement l’Histoire et la Géographie dont une grande partie est prise en charge dans les matières comme la climatologie, l’hydrographie etc. On ne peut pas tout apprendre. Cette nouvelle orientation n'aura cependant de sens que si les modalités de sélection de l'ENSA, de l'ENSETP, de l'ISFAR et des autres instituts sont revues. Il convient d'éviter que des épreuves calibrées sur le programme de la série S2 pure ne disqualifient systématiquement les élèves de la filière AEA. Un coefficient spécifique valorisant les disciplines techniques doit être introduit.
Pas d'addition de contenus, mais une refondation pédagogique
De même, il serait plus cohérent que les deux disciplines dominantes que sont la Phytotechnie et la Technique de transformation et de conservation (TTC), enseignées de façon pratique dans les fermes et dans les labos, fassent l’objet d’épreuves tout aussi pratiques aussi bien au baccalauréat qu’aux différents concours. En conclusion nous saluons la création de la série Agriculture, Environnement et Agroalimentaire qui est une opportunité historique et une réponse adéquate à la nécessité de promouvoir l’agriculture et l’environnement. Elle ne doit pas cependant être une addition de contenus, mais une refondation pédagogique au service de la souveraineté alimentaire.