Allan Petre, l'enfant de Dakar qui a conquis la NASA
A 26 ans, le Franco-Sénégalais Allan Petre affiche déjà un parcours qui ressemble à un scénario hollywoodien. Ingénieur spatial passé par la NASA, ancien collaborateur du programme Ariane 6, invité vedette de la Senegal Space Week, le jeune homme venu de Seine-Saint-Denis porte pourtant un récit bien éloigné des trajectoires classiques des élites scientifiques françaises. Derrière les fusées, les satellites et les ambitions spatiales, il y a surtout l’histoire d’un fils d’immigrés sénégalais qui refuse désormais que les jeunes Africains s’imposent eux-mêmes des limites.
Quand il prend la parole, Allan Petre ne parle pas seulement de science. Il parle d’ascension sociale, de détermination et de revanche silencieuse contre l’autocensure. «Deux ans avant de travailler sur des fusées, j’étais en marketing et économie», raconte-t-il avec un sourire encore étonné de son propre destin. Rien ne prédestinait pourtant ce jeune homme né de parents dakarois à intégrer les sphères les plus fermées de l’industrie spatiale mondiale. Pas de classes préparatoires prestigieuses. Pas de grande école parisienne héritée des parcours traditionnels. Encore moins un environnement privilégié.
Il grandit en Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France, dans un milieu où la NASA semblait appartenir à un autre univers. «Autour de nous, on n’a pas forcément de modèles. Beaucoup de jeunes pensent directement que ce n’est pas pour eux», confie-t-il. Le déclic arrive lorsqu’il comprend qu’il s’interdit lui-même d’essayer. Passionné d’espace depuis l’enfance, il abandonne alors le marketing pour se réorienter vers les sciences de l’ingénieur. Une décision risquée, prise malgré les difficultés financières. Pendant ses études, Allan Petre travaille les week-ends, enchaîne les heures de transport et jongle avec les contraintes économiques. «Je savais que j’avais plus de difficultés que d’autres. Mais je ne voulais pas vivre avec des regrets», dit-il.
Cette ténacité le mène finalement vers une école d’ingénieur spécialisée en aérospatial, en alternance chez Ariane Group. Là, il participe au programme Ariane 6, le nouveau lanceur européen. Une expérience fondatrice. «Je pensais que je n’y arriverais jamais. Et pourtant, je travaillais sur des fusées», souffle-t-il.Diplômé en 2023, il rejoint la NASA dès 2024. Une entrée fracassante dans l’agence spatiale américaine où il travaille notamment sur des projets liés à Vénus. En France, son parcours devient rapidement viral. Médias, responsables politiques, artistes et institutions célèbrent ce jeune ingénieur issu des quartiers populaires devenu symbole de réussite. «Le message a été très bien reçu parce qu’il porte quelque chose de positif», explique-t-il.
Mais, malgré cette reconnaissance internationale, Allan Petre garde les yeux tournés vers Dakar. Ses deux parents y sont nés et y ont grandi. Cette attache sénégalaise demeure centrale dans son identité. Aujourd’hui, il veut transformer son histoire en source d’inspiration collective.L’espace est bien plus qu’une passion scientifique. Il devient un outil de transmission, un symbole de possibilité et une manière de rendre au Sénégal ce que ses parents sont venus chercher en France : l’éducation et l’opportunité. «Mes parents ont quitté Dakar pour nous offrir un avenir. Moi, je veux aussi contribuer au développement du Sénégal», affirme-t-il.
Curieux, pédagogue et profondément habité par les questions scientifiques, Allan Petre évoque également l’un des grands mystères de l’humanité : la vie extraterrestre. Avec enthousiasme, il rappelle que notre Soleil n’est qu’une étoile parmi les centaines de milliards présentes dans la Voie lactée. «Je pense que nous ne sommes pas seuls dans l’univers», glisse-t-il, avant de préciser que la recherche scientifique continue activement à identifier des planètes capables d’abriter des conditions similaires à celles de la Terre.
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Mais au fond, son message reste résolument terrestre : croire en ses ambitions, peu importe son origine sociale. Dans les couloirs de la Senegal Space Week, Allan Petre apparaît finalement comme le visage d’une nouvelle génération africaine : mobile, scientifique, connectée au monde mais profondément attachée au continent. Une génération qui refuse désormais de regarder l’espace depuis le sol.