Un style sobre, pratique, un caractère affirmé
Bineta Sarr est bien plus qu’une mécanicienne : elle est un symbole. Celui d’une jeune femme qui, dès l’adolescence, a choisi un chemin hors des sentiers battus, dans un monde traditionnellement réservé aux hommes. Mais, c’est dans le quartier populaire de Gorom que tout commence pour elle. Adoptée très tôt par un cercle de passionnés de deux-roues, Bineta grandit entre les outils et les pièces détachées. Loin des jeux habituels, elle observe, apprend, s’imprègne. L’atelier devient sa seconde maison, les mécaniciens, ses frères de boulot. Elle y forge non seulement son savoir-faire, mais aussi son identité : un style sobre, pratique, un caractère affirmé, une réputation de «fille brave et travailleuse».
«Maison–travail, travail–maison»
Dans son environnement, Bineta gagne le respect à la force du poignet. Elle ne revendique pas, elle agit. Ses journées se résument à des va-et-vient entre l’atelier et le domicile familial. «Maison–travail, travail–maison», répète son entourage, comme pour sceller l’image d’une vie rangée, sans écarts. Sa singularité, elle la vit sans complexe : les vêtements tachés de graisse, les mains calleuses, l’assurance tranquille d’une technicienne compétente. Ce n’est pas un «choix militant», insistent ses proches, c’est sa nature. Une nature qui, pourtant, attire les commentaires.
Une notoriété à double tranchant
Avec les années, Bineta dépasse les frontières de son atelier. Sur les réseaux sociaux, elle devient une figure connue, presque une icône. Ses publications, entre démonstrations mécaniques et randonnées moto, lui valent une large communauté. Mais cette popularité a un prix. Son image, son style de vie, son indépendance nourrissent autant l’admiration que les préjugés. Quand l’affaire judiciaire éclate, cette notoriété se retourne contre elle : on la désigne, on la caricature, on fait d’elle le «cerveau» présumé d’un scandale qui la dépasse. Sa famille dément avec la dernière énergie. «Elle n’a aucune déviance», affirme Abdou Kane, alias Lamp Fall Nguer 2, interrogé par L'OBS.
À l’appui, une photo horodatée à 01H du matin, prise lors d’une randonnée à moto. Aujourd’hui, face à la justice, le parcours atypique de Bineta est scruté, interprété, parfois instrumentalisé. Pour ses défenseurs, son histoire est celle d’une femme libre, passionnée, victime de son propre succès et de préjugés tenaces. Pour l’accusation, son mode de vie aurait pu faciliter des fréquentations et des situations conduisant aux faits reprochés.
Bineta a grandi à Keur Massar et élevée par sa sœur
À la barre, la mécanicienne au caractère trempé apparaît brisée, comme si le poids des regards extérieurs finissait par fissurer l’armature de celle qui avait toujours su résister. «Elle est très bouleversée», commence sa grande sœur, Fatou Ndiaye. Ses parents, âgés, vivent à Diourbel. Bineta, elle, a grandi à Keur Massar, élevée par sa sœur, ses oncles et ses tantes depuis son plus jeune âge. Jamais rejetée par les siens, elle a été accompagnée au tribunal par des proches venus témoigner de leur soutien indéfectible.
Le 19 janvier, date du délibéré, le Tribunal de Pikine-Guédiawaye devra peindre Bineta Sarr en victime d’un emballement judiciaire nourri par les réseaux sociaux et les préjugés. Ou alors la dépeindre en ‘’Bineta mécanicienne’’, actrice discrète d’une dérive nocturne.