Chef Diallo, cuisinier des Lions : « A l’hôtel, ce que j’ai vu ici n’était pas halal »
« Il n’y avait rien dans la cuisine de l’hôtel »
« Notre objectif était d’être dans un hôtel quatre étoiles, parce que nous avons des joueurs de standing mondial. Nous sommes allés à Raleigh, où on nous a installés dans un hôtel. A ma grande surprise, il n’y avait rien dans la cuisine. Nous avons tenu des réunions avec le chef de cuisine, le directeur du restaurant et toute l’équipe. Les joueurs ne mangent que du halal et ils ont confiance en moi. Si on leur présente un repas qui n’est pas halal, ils ne mangent pas. Mais ce que j’ai vu ici n’était pas halal. On m’a dit que des réunions allaient être organisées. J’ai répondu non, parce que cela faisait deux mois que nous avions exprimé les besoins et qu’on m’avait assuré que tout serait sur place."
"À ma grande surprise, il n’y avait rien. J’ai alors pris mes responsabilités en décidant d’aller au marché. On m’a dit : «Non, le marché est loin», ce qui n’était pas vrai : il était à sept minutes de l’hôtel. Pendant deux jours, je n’ai pas touché à la viande qu’on me donnait, parce qu’elle n’était pas halal. Je ne préparais que du poulet et du poisson. Comme les joueurs ont leur régime, j’ai utilisé mon propre argent pour acheter quelques denrées afin de les satisfaire. C’était juste à notre arrivée aux Etats-Unis, plus précisément à Raleigh, en Caroline du Nord. Je pensais qu’à notre lieu de regroupement au New Jersey, nous trouverions tout sur place. J’ai appelé Maya Fall et j’ai haussé le ton. Il y a ensuite eu un léger tiraillement entre elle et moi. Je n’étais pas d’accord et j’ai dit que je ne rentrerais pas en cuisine tant que je n’aurais pas toutes les denrées nécessaires. »
« Maya Fall n’avait rien respecté »
« Elle n’avait rien respecté. Nous nous adressions à elle pour la restauration et pour tout ce que le Sénégal voulait dans ce domaine. Elle disposait d’un fichier que je lui avais transmis avant même notre arrivée aux États-Unis. Tous les produits devaient être disponibles pour le Sénégal. Malheureusement, il n’y avait rien. Les joueurs connaissent ce que je prépare. Ils ne mangent que ce que je cuisine. La dame était en connivence avec les Américains. Elle nous livrait des produits qui n’étaient pas frais. Aux Etats-Unis, tout est industriel et conservé en boîtes. Même les pommes de terre sont en boîte, tout comme les légumes. Je ne pouvais pas cuisiner cela et le servir aux joueurs, qui sont comme mes propres enfants. »
« Les joueurs m’ont demandé de leur préparer des omelettes »
« J’ai préféré cacher tout cela aux joueurs. Quand nous avons quitté la Caroline du Nord, nous sommes allés à San Antonio. Les joueurs, voyant la situation, m’ont demandé de leur préparer des omelettes. J’ai discuté avec le docteur Fédior, qui est mon interlocuteur direct. Nous travaillons tous les jours et savons ce dont les joueurs ont besoin. Heureusement, nous n’y avons passé qu’une seule nuit, car nous devions jouer contre l’Arabie Saoudite en match amical. Nous sommes ensuite retournés en Caroline du Nord pendant deux jours, avant de rejoindre le New Jersey. »
« Ce qui s’est passé après dans le New Jersey ? «
« A notre arrivée au New Jersey, j’ai convoqué une réunion avec le directeur du restaurant. Le maître d’hôtel est de nationalité française. J’ai constaté sur place la présence d’une serveuse marocaine ainsi que d’autres cuisiniers. Le chef de cuisine m’a mis en relation avec une collaboratrice asiatique, d’origine chinoise, désignée pour m’accompagner en cuisine. Nous avons tenu une réunion vers 17h. Ma première question a été de demander depuis combien de temps Mathieu, le Français, exerçait en ces lieux. Il m’a répondu qu’il y était depuis cinq ans. J’ai posé la même question à la serveuse marocaine. Elle m’a aussi donné sa réponse. Par la suite, Maya m’a mis en relation avec un jeune Camerounais afin qu’il me serve d’interprète. J’ai ensuite sorti mon téléphone pour dire au chef : «Voici ce que j’ai commandé.»
"Ce dernier m’a rétorqué : «Non, nous n’avons pas reçu cette commande.» J’en ai immédiatement informé Maya, lui précisant que le chef n’avait pas reçu mes instructions pour la cuisine. Elle a alors affirmé avoir transmis ladite commande à la direction. Cette explication m’a paru incompréhensible. Les membres de la direction, pourtant présents à la réunion, n’ont pas confirmé ses propos. J’ai alors signifié à Maya mon profond désaccord, rappelant que nous consommons exclusivement de la nourriture halal et que cette commande avait été validée deux mois auparavant. Si les produits ne sont pas certifiés halal, ils ne peuvent être consommés, car les footballeurs suivent strictement ce régime. Après un vif échange, le chef m’a indiqué qu’il était impossible de modifier la commande en cours, mais que, sous deux jours, une nouvelle commande pourrait être passée pour une livraison prévue avant le week-end. J’ai acquiescé, le marché d’approvisionnement se situant à New York, soit à une heure de route du New Jersey. »
« Le différend que vous avez eu avec cette Maya Fall ? »
« Le lendemain, un différend m’a encore opposé à elle. Par la suite, nous nous sommes rendus auprès d’Abdoulaye Sow, qui se trouvait en compagnie de Cheikh Fall, directeur de la Haute Compétition. Je leur ai exposé la situation, à savoir qu’aucun repas n’était disponible pour les joueurs et que la responsable devait rapidement aller récupérer les produits commandés. Abdoulaye Sow a alors rappelé à Cheikh Fall qu’il incombait au ministère de prendre en charge la restauration de l’Equipe nationale. Bien que le Directeur de l’administration générale (Dage) du ministère des Sport était encore absent, il a ordonné de procéder au règlement afin que la facture puisse être remboursée ultérieurement, ce sur quoi nous sommes tombés d’accord. J’ai alors dit à Maya : «La cuisine est un élément essentiel pour les ‘’Lions’’, mais depuis notre arrivée aux Usa, rien ne fonctionne correctement.» En sa présence, le président de la Fédération, Abdoulaye Fall, m’a dit : «Diallo, je te confie ma carte bancaire afin que vous puissiez acquérir tout le nécessaire.» J’ai alors ajouté à l’adresse de Maya : «Vous avez saboté la restauration à San Antonio, mais je ne tolérerai pas cela ici.» A la suite de cet incident, elle s’est rendue au marché et est revenue vers 17h avec quelques denrées. Estimant cette quantité insuffisante pour garantir un repas suffisant aux joueurs, j’ai insisté sur la nécessité de retourner s’approvisionner. »