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11 camions sénégalais ont été incendiés ces derniers jours sur le corridor Dakar-Bamako.
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11 camions réduits en cendres

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Au Mali, la crise sécuritaire dévore désormais les routes commerciales elles-mêmes. Ce corridor sahélien, longtemps artère stratégique des échanges sous-régionaux, s’est mué en territoire de menace permanente. Les convois de marchandises, autrefois relativement épargnés, sont devenus des proies désignées pour les groupes armés qui écument la zone. Le constat livré par Daouda Lo a la froideur d’un relevé de guerre : au moins onze camions ont été incendiés en l’espace de quelques jours. Le président de l’Urs détaille ce lourd tribut matériel : trois camions-citernes, trois camions en provenance de la Côte d’Ivoire, trois transportant diverses marchandises ainsi que deux autres véhicules de fret.

Face à cette montée de violence, l’armée malienne tente de maintenir un semblant de circulation en organisant des escortes sécuritaires. Mais là encore, la mécanique de protection semble vaciller. Le week-end dernier, les assaillants ont réussi un coup de force spectaculaire en isolant puis en sectionnant un convoi pourtant placé sous escorte, avant de réduire en cendres plusieurs camions sénégalais chargés de fer, de maïs et de produits alimentaires. «Aucun camion sénégalais ne transporte de carburant vers le Mali. Ce trafic est entièrement géré par les Maliens eux-mêmes»,confie Daouda Lô à L'OBS.

Face à un danger devenu ouvertement mortel, après avoir reçu de terribles avertissements, des camions consumés sous leurs propres yeux au détour des routes maliennes, les chauffeurs sénégalais n’ont eu d’autre choix que de rebrousser chemin. Ils sont aujourd’hui des dizaines à avoir immobilisé leurs véhicules dans l’urgence à Kayes, cette ville malienne proche de la frontière sénégalaise devenue, malgré elle, un immense parking de détresse et d’incertitude. Alignés sous un ciel lourd, les mastodontes du fret ne transportent plus de marchandises ; ils portent désormais l’angoisse silencieuse de chauffeurs suspendus à une issue qui tarde à venir.

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Bloqués avant Bamako, les transporteurs ne peuvent ni poursuivre leur route pour décharger ni faire demi-tour pour rapatrier le fret au Sénégal. Repasser la frontière en sens inverse ouvrirait un redoutable contentieux douanier : sur le plan juridique, ces marchandises sont déjà considérées comme sorties du territoire national. Entre menace sécuritaire et verrou réglementaire, un vide administratif s’est installé, paralysant entièrement les opérateurs.

Interrogé sur le rôle des autorités étatiques, le président de l’Union des routiers du Sénégal reconnaît d’emblée la nature extraordinairement complexe de cette crise. Ici, les leviers diplomatiques traditionnels semblent se heurter à une réalité plus mouvante et plus insaisissable. «Si c'était l'État malien qui avait bloqué nos camions, notre ambassadeur ou notre gouvernement pourrait dialoguer avec Bamako. Mais là, l'Etat malien avec qui nous devons parler est lui-même plus inquiet et dépassé que nous. Et un État ne peut parler qu'à un autre État, pas à des assaillants », analyse-t-il avec une lucidité désarmée.

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