Des informations contestées à la barre
Poursuivi pour diffusion de fausses nouvelles, Mamadou Cissé, plus connu sous le nom de Momo Cissé, a comparu ce mercredi devant le tribunal des flagrants délits de Dakar. Face aux juges, le chroniqueur a contesté les faits qui lui sont reprochés, soutenant qu’il s’était limité à rapporter des informations obtenues auprès de tierces personnes. Lors d’une émission, il était revenu sur les circonstances de l’arrestation de l’influenceuse Nourah Ba. Selon les informations qu’il dit avoir recueillies auprès de sa cousine, cette dernière se promenait sur la corniche lorsqu’un policier lui aurait demandé si elle était Nourah Ba, ce qu’elle aurait nié. Le chroniqueur avait également affirmé que l’influenceuse avait été privée de la possibilité d’uriner pendant sa garde à vue à la Division spéciale de cybersécurité (DSC). Il a soutenu que ces informations lui avaient été rapportées par des personnes présentes sur les lieux et que cette situation aurait provoqué une infection, attestée, selon lui, par un certificat médical. Interrogé par le procureur sur les vérifications effectuées avant la diffusion de ces déclarations, Momo Cissé a expliqué qu’il intervenait dans le cadre d’une chronique et d’une analyse, et non dans le traitement de l’information. Il a par ailleurs indiqué avoir demandé aux policiers, durant sa propre garde à vue, de lui fournir la version exacte des faits concernant l’arrestation de Nourah Ba, afin de pouvoir présenter publiquement ses excuses. D’après son récit, les enquêteurs lui auraient expliqué avoir soustrait l’influenceuse à un lynchage et précisé que la personne qui l’avait insultée n’était pas une policière.
Son parcours professionnel évoqué devant le tribunal
Au cours de l’audience, le prévenu a également été interrogé sur sa formation. Il a reconnu ne pas avoir achevé ses études en journalisme, tout en affirmant exercer ce métier depuis douze ans. Il a indiqué avoir entrepris des démarches pour obtenir la carte nationale de presse, évoquant des difficultés liées aux talons de la commission.
Un incident provoque la suspension de l’audience
Les débats ont été marqués par un échange tendu entre Me El Hadj Oumar Youm, avocat de la défense, et la représentante du ministère public. L’avocat a interrompu la procureure, estimant que ses questions prenaient la forme d’un discours moral. « Mais attendez, vous êtes en train de faire un discours moral. Attendez vos réquisitions », a-t-il lancé. La représentante du ministère public lui a rétorqué : « ce n’est pas à vous de me dire ce que je dois faire. » L’échange s’est poursuivi sur un ton vif, poussant la présidente du tribunal à suspendre l’audience afin de ramener le calme. À la reprise, Mamadou Diop, présenté comme un ami du chroniqueur, a été entendu à titre de simple renseignement. Il a confirmé certains éléments avancés par Momo Cissé, affirmant s’être trouvé à la police au moment de l’évacuation de Nourah Ba à l’hôpital. Il a toutefois précisé ne pas avoir assisté à l’arrestation de l’influenceuse.
Le ministère public réclame une amende de 300 000 FCFA
Dans ses observations, la procureure de la République a estimé que l’infraction de diffusion de fausses nouvelles était constituée. Elle a ainsi requis que le prévenu soit déclaré coupable et condamné à une amende de 300 000 FCFA. La défense a, pour sa part, contesté l’existence d’une infraction pénale dans ce dossier. Me Aboubacry Barro a notamment mis en cause l’intervention de la DSC dans l’enquête, estimant qu’elle se retrouvait en position de juge et partie et que les investigations auraient dû être confiées à la gendarmerie. Me El Hadj Oumar Youm a, quant à lui, défendu la bonne foi de son client, soulignant que celui-ci n’avait pas voulu révéler ses sources aux enquêteurs. De son côté, Me El Hadj Diouf, avocat de Nourah Ba, a affirmé que sa cliente avait été torturée. Il a estimé qu’elle aurait dû être entendue sur les faits survenus durant sa garde à vue, avant de solliciter la relaxe du chroniqueur. Au terme des débats, le tribunal des flagrants délits de Dakar a déclaré Mamadou Cissé, alias Momo Cissé, coupable de diffusion de fausses nouvelles. La juridiction a suivi les réquisitions du ministère public en le condamnant à une amende ferme de 300 000 FCFA.