Faux-monnayage : les révélations d’une opération d’infiltration à Guédiawaye
L’affaire met en scène Ch. I. Niass, présenté dans le dossier comme un éleveur de moutons Ladoum et proche d’une famille religieuse de Kaolack. Marié à quatre épouses et père de 17 enfants, il est poursuivi pour plusieurs chefs d’accusation, notamment association de malfaiteurs, faux-monnayage et détention illégale d’arme. Détenu depuis plusieurs mois, le prévenu s’est présenté devant les juges pour répondre aux différents faits qui lui sont reprochés.
Les douaniers infiltrés et une commande de 300 millions
Selon les éléments du procès-verbal consulté dans le cadre de l’enquête, les services des Douanes auraient eu recours à une opération d’infiltration. Des agents auraient pris contact avec le prévenu avant de lui passer une commande portant sur 300 millions de francs CFA en faux billets. Au fil des échanges, Ch. I. Niass aurait également affirmé pouvoir fournir une somme supérieure à deux milliards de francs CFA. Des éléments qui ont renforcé les soupçons des enquêteurs et conduit à la poursuite des investigations.
La mystérieuse mallette contenant près d’un milliard
La perquisition effectuée au domicile du prévenu constitue l’un des principaux éléments du dossier. Les enquêteurs auraient découvert une mallette contenant près d’un milliard de francs CFA en fausses coupures. La provenance de cette mallette reste toutefois au centre des débats. Devant les enquêteurs, puis devant la juridiction, les explications du prévenu ont évolué. Ch. I. Niass aurait attribué la mallette à un certain El H. A. Ndao, présenté comme étant en fuite.
Des histoires de pratiques mystiques au cœur du dossier
Le dossier comporte également un volet particulièrement singulier lié à des pratiques mystiques. Certaines déclarations attribuées au prévenu font état de procédés censés permettre de faire apparaître d’importantes sommes d’argent en euros et en dollars. Il aurait notamment été question d’un parfum présenté comme ayant coûté trois millions de francs CFA. Des propos que le prévenu aurait par la suite contestés devant le tribunal, affirmant ne pas avoir tenu les déclarations qui lui sont attribuées.
Une arme pour protéger l’élevage
L’enquête porte également sur la détention d’une arme sans autorisation. Sur ce point, Ch. I. Niass reconnaît avoir conservé l’arme, tout en soutenant qu’elle lui avait été présentée comme factice. Selon ses explications, l’arme devait servir à assurer la sécurité de son élevage de moutons Ladoum. Une version qui n’a pas écarté les poursuites, le parquet considérant que la détention d’une arme sans autorisation constitue une infraction.
« Deux ans et sept mois de prison ont détruit ma vie »
À la barre, le prévenu a également évoqué les conséquences de son incarcération. S’appuyant sur une béquille et affirmant avoir subi deux opérations, il a expliqué que sa détention avait lourdement affecté sa situation personnelle et professionnelle. Il affirme notamment avoir perdu un cheptel d’une centaine de moutons et fait état des difficultés rencontrées par sa famille depuis son incarcération. « Deux ans et sept mois de prison ont détruit ma vie », a-t-il déclaré avant de solliciter la clémence du tribunal.
Les arguments du prévenu n’ont pas convaincu le ministère public. Le parquet a requis sa condamnation pour les différentes infractions retenues dans le dossier. La défense, de son côté, conteste notamment certaines qualifications et sollicite l’audition de personnes présentées comme étant en fuite. Elle plaide également pour la prise en compte des contestations formulées par le prévenu au cours de l’audience. Après les débats, l’affaire a été mise en délibéré. Le tribunal doit rendre sa décision le 8 septembre.