Hébergement à Tivaouane : des pèlerins sans maison d’accueil
Sur le sol du mausolée El Hadj Malick Sy, quelques flaques d’eau brillent encore sous la lumière du matin. Accroupi près d’un muret, Abdoulaye Fall soulève un à un les morceaux de carton qui lui servent de couche. Certains sont humides, d’autres portent les traces de la nuit. Il les retourne, les secoue, puis en choisit un suffisamment sec pour s’asseoir. Son sac de voyage, posé contre le mur, lui sert de dossier. À quelques mètres, d’autres pèlerins répètent mécaniquement le même geste.
L’homme n’a pas de chambre pour l’accueillir à Tivaouane. Il n’a pas non plus de maison d’hôte où déposer ses affaires ou simplement passer la nuit. Et comme beaucoup d’autres pèlerins venus pour le Gamou, Abdoulaye a trouvé refuge dans le mausolée El Hadj Malick Sy. «Je n’ai pas où dormir ici. Quand j’arrive, je cherche une place dans le mausolée. J’étale des papiers, des cartons et je m’installe comme je peux après mes ziars. Seulement, ce n’est pas du tout facile quand il pleut», raconte-t-il, dans des propos repris par L'OBS.
Les mausolées particulièrement prisés
L’homme de quarante ans jette un regard furtif sur le sol encore humide. La pluie tombée la veille a bouleversé les habitudes. Les papiers utilisés comme couche ont pris l’eau. «Certains cartons ont été déplacés vers les parties les plus sèches du mausolée. D’autres ont été abandonnés, trop imbibés pour pouvoir encore servir. Hier soir, il fallait faire attention. Si tu poses ton carton dans un mauvais endroit, le matin tu le retrouves complètement mouillé. Il fallait protéger ses affaires et chercher un coin qui n’est pas exposé. La plupart d’entre nous n’ont pas fermé l’œil. Mais Mame Maodo le vaut bien», poursuit-il.
À mesure que le Gamou approche, les mausolées deviennent particulièrement prisés. Les pèlerins arrivent par grappes. Certains ont de la famille à Tivaouane. D’autres sont accueillis dans des maisons d’hôtes. Mais pour ceux qui n’ont aucune solution d’hébergement, les mausolées restent les rares endroits où ils peuvent poser leurs baluchons et passer la nuit. Seulement, avec la pluie d’hier, la nuit a été particulièrement éprouvante pour les fidèles.
Autour d’Abdoulaye, le mausolée de El Hadj Malick Sy raconte une autre facette du Gamou. Ici, pas de lits alignés ni de chambres à fermer à clé. Les espaces sont délimités par des sacs, des papiers en carton, des barrières et les nombreux va-et-vient des fidèles. L’accès est périlleux. Il faut slalomer entre les fidèles, assis à même le sol pour se frayer un passage. Les cartons font office de matelas. Certains fidèles dorment allongés, d’autres restent assis, le dos appuyé contre un mur, en attendant de pouvoir fermer un peu les yeux.
Assis sur son carton, non loin de là, Abdoulaye Fall observe les nouveaux arrivants. Il sait que dans les prochains jours, trouver une place libre sera encore plus difficile. «Plus le Gamou approche, plus il y a de monde. Les places vont devenir rares. Mais on n’a pas vraiment le choix. On vient pour le Gamou, on fait avec ce qu’on trouve», lâche-t-il. Pour lui, dormir dans un mausolée n’est pas une nouveauté. Il connaît les nuits courtes, les réveils lors des passages et le bruit des autres pèlerins.
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Personne ne semble vouloir quitter les lieux. Le manque de confort et l’humidité sont relégués derrière la raison qui les a conduits jusqu’à Tivaouane pour répondre à l’appel de Maodo.