Ils inventent une affaire de corruption contre un policier pour attirer de nouveaux followers sur Tik-Tok
I. Guèye (25 ans) et D. Fall (29 ans) ont été condamnés à quatre mois de prison ferme par le Tribunal de Diourbel pour outrage à un agent de la force publique. Tout commence autour d'un thé. Les deux compères, qui se fréquentent depuis l'enfance, cherchent un moyen de faire décoller leur compte TikTok. D'après le récit de L'OBS, ils ont eu alors une idée qu'ils jugent géniale : s'en prendre à un agent de police. Leur cible : S. Diouf, policier servant depuis quatre ans au commissariat urbain de Mbacké.
Un homme qu'ils n'ont jamais vu, jamais rencontré et dont ils ignorent tout. Dans une vidéo publiée à visages découverts, I. Guèye et D. Fall accusent nommément le policier. «S. Diouf est un corrompu. Il rackette les automobilistes et les conducteurs de motos Jakarta à longueur de journée, en toute impunité», affirment-ils face à la caméra. La vidéo devient virale en quelques heures. Plus de 40 000 vues. Mais un proche du policier tombe sur les images et les lui transmet via WhatsApp. Pour le fonctionnaire, le choc est immense. Salir son nom, son honneur, son métier : il ne laissera pas passer.
Avec son flair de flic, il mène ses propres investigations et parvient à localiser les deux jeunes gens. Il découvre que l'un d'eux est un «bongoman». Il charge alors une amie de lui proposer de jouer un spectacle. Le piège est tendu. Ne se doutant de rien, D. Fall et I. Guèye quittent Kaffrine pour honorer ce qu'ils croient être un contrat. Mais à leur arrivée, ce ne sont pas des mélomanes qui les accueillent, mais des policiers en civil. Les menottes se referment sur leurs poignets.
Interrogés, identifiés formellement sur la vidéo, les deux amis passent aux aveux. Ils reconnaissent avoir tout inventé et présentent leurs plates excuses. Trop tard. Ils sont déférés au parquet de Diourbel, inculpés pour outrage à agent de police dans l'exercice de ses fonctions, et placés sous mandat de dépôt.À la barre, les deux prévenus réitèrent leurs aveux. Ils implorent le pardon du policier et du tribunal. La partie civile, sans acrimonie, refuse de réclamer une compensation financière. Mais le Procureur, Papa Khalil Fall, reste inflexible. «Les faits sont constants.
Les deux prévenus ont tenu des propos outrageants à l'intention du respectable agent de police qu'ils n'ont jamais vu ni même connu. Ils ont admis avoir agi de la sorte uniquement pour avoir des followers. C'est ainsi qu'ils ont eu 40 000 vues. Les faits sont extrêmement graves, parce qu'ils ont porté atteinte à l'intégrité de la victime», martèle le parquetier. Il requiert six mois de prison ferme contre chacun des deux amis.
Le tribunal déclare les prévenus coupables et les condamne à quatre mois de prison ferme. Ils purgeront leur peine à la prison de Diourbel. À Kaffrine, la leçon a fini de faire le tour des comptes TikTok.