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Journée de la démocratie : comment les réseaux sociaux ont démocratisé l'information

Les réseaux sociaux démocratisent la parole publique en permettant à chaque citoyen de participer au débat politique, mais ils fragilisent aussi la démocratie par la désinformation et la polarisation.
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Autrefois, les débats démocratiques étaient l’apanage d’un petit groupe de personnes, excluant ainsi la majorité de la population. Aujourd’hui, l’avènement des réseaux sociaux permet à tout un chacun de prendre part aux débats à caractère politique et démocratique. Dans une récente étude menée par le Timbuktu Institute sur les perceptions locales des coopérations sécuritaires au Sahel et en Afrique de l’Ouest et qui a couvert la Côte d’Ivoire, le Niger, le Sénégal et le Togo, une place importante a été accordée à la place des réseaux sociaux et de la guerre de l’information dans la « fabrique » des opinion publiques et des perceptions tenaces.

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Violentes émeutes en Gambie
Violentes émeutes en Gambie

Avec l’avènement des réseaux sociaux, la communication a été libéralisée. La profusion des médias de diffusion et d’influenceurs entraîne une surexposition croissante à l’information, qu’elle soit professionnelle, publicitaire ou liée à l’actualité. Aujourd’hui, cette information s’échange, se relaie de manière informelle, permanente, intangible entre individus selon des flux complexes, sans traçabilité claire, sans émetteur centralisé.

La majorité des personnes s'informent via les réseaux sociaux

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A la question « Par quels moyens vous informez-vous habituellement ? », 73% des personnes interrogées optent pour les réseaux sociaux (graphique 27). Les canaux classiques d’information (télévision, radio, presse) sont rudement concurrencés, voire supplantés par les réseaux sociaux. D’ailleurs, comme le souligne un ancien président de la Convention des Jeunes Reporters du Sénégal, c’était par les médias traditionnels que nous informions les populations sur les questions sécuritaires. Depuis, tout a changé. Les réseaux sociaux sont désormais considérés comme le moyen d’information alternatif pour « échapper à la propagande d’État et des puissances dominantes » et à la restriction de la liberté d’information et d’opinion.

L’ère des technologies de l’information et de la communication consacre non seulement une démocratisation de l’accès à l’information, mais aussi consolide les acquis en matière de liberté d’expression. C’est dans ce sillage que dans tous les pays de la zone à l’étude, les répondants sont majoritaires à affirmer de manière quasi harmonieuse que lesdits réseaux consolident la liberté d’expression  et l’éveil des consciences.

Les failles qui mettent en danger les institutions démocratiques

Par conséquent, la démocratie sous l’ère du numérique montre de plus en plus de failles et de limites, jusqu’à mettre en danger la légitimité des institutions démocratiques par des ingérences dans ses processus. Si les médias sociaux offrent aux citoyens de nouvelles possibilités d’accéder à l’information, d’exprimer leurs opinions et de participer aux processus démocratiques, ils peuvent également porter atteinte à la démocratie en déformant les informations, en diffusant de fausses histoires et en facilitant la manipulation politique.

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Ainsi, l’affaire des émeutes entre mars 2021 et 2024 au Sénégal ont été l’occasion de constater que les démocraties contemporaines, même les plus ancrées dans l’histoire, sont susceptibles d’être remises en cause dans leur fondement au travers des réseaux sociaux. Au cœur de ces affrontements, les réseaux sociaux ont joué un rôle de premier plan, devenant à la fois des outils d'émancipation démocratique pour la jeunesse, mais aussi le théâtre d'une vaste guerre de l'information et de manipulations politiques. Durant ces trois années de tensions, l'écosystème numérique sénégalais a été saturé par diverses stratégies d'influence visant à radicaliser les positions de chaque camp.

Dans ce sillage, un des membres actifs de la société civile interrogé au Sénégal confirme qu’il est possible « qu’on nous montre des vidéos où des photos manipulatrices, mais après vérification avec le fact-checking, on se rend compte après que c’est une fausse information ». Malgré cette prise de conscience des acteurs, les populations sénégalaises sont les plus enclines à être influencées par les réseaux sociaux par rapport à leur compréhension de l’actualité (41% de oui), comparé au reste de la zone à l’étude. 

Les populations sénégalaises sont les plus enclines à être influencées par les réseaux sociaux par rapport à leur compréhension de l’actualité (41% de oui), comparé au reste de la zone à l’étude. La Côte d’Ivoire semble mieux saisir la nécessité de discernement entre moyen d’information et influence sur la compréhension de l’actualité politique. Curieusement, le Niger arrive en seconde position, derrière la Côte d'Ivoire (graphique 30).

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En d’autres termes, derrière les fausses nouvelles se cachent souvent des stratégies visant à manipuler l’opinion publique. Clichés et séquences vidéo sorties de leur contexte, émergence des deepfakes (hypertrucages) et d’images générées par intelligence artificielle (IA)…L’enjeu démocratique au travers de la régulation des réseaux sociaux n’apparaît pas avec une particulière évidence de prime abord. Les réseaux sociaux peuvent être envisagés comme une sorte de palliatif à la forme traditionnelle de la démocratie qu’est la démocratie représentative qui souffre d’une crise de la représentation.

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