Lansana Gagny Sakho : « La CDC a besoin d’un réformateur, pas d’un Directeur général »
La Présidence de la République a lancé un appel à candidature pour le recrutement du prochain Directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC). Présentée comme une nouvelle étape dans la généralisation progressive du recrutement au mérite, la procédure s’inscrit dans un engagement formulé par Bassirou Diomaye Faye alors candidat à la présidentielle de 2024. Et pour Lansana Gagny Sakho, PCA de l'APIX, la CDC n’a pas simplement besoin d’un nouveau Directeur général. "Elle a besoin d’un réformateur", soutient-il.
La raison ? Selon le spécialiste en gouvernance publique et par ailleurs, président du Cercle des administrateurs Publics, "les dysfonctionnements observés au fil des années trouvent leur origine dans un système qui a progressivement laissé la filialisation tenir lieu de stratégie." "Or une institution ne devient pas stratégique parce qu’elle se diversifie. Elle devient stratégique lorsqu’elle sait précisément ce qu’elle est, ce qu’elle veut devenir et comment chacune de ses décisions contribue à cette ambition", développe-t-il.
Selon Sakho, "une institution publique qui grandit sans doctrine grandit sans direction. Ses filiales deviennent progressivement des réponses à des opportunités plutôt que des instruments au service d’une vision. Il existe une vérité que l’austérité du langage institutionnel rend parfois difficile à formuler clairement et que la rigueur de l’analyse impose pourtant de nommer."
Il ajoute : "Si la CDC n’était pas une institution publique bénéficiant de la garantie implicite de l’État, toutes ses filiales seraient en faillite .Il ne s’agit ni d’une accusation ni d’une provocation. C’est la conséquence logique d’un modèle économique particulier. La CDC bénéficie d’un avantage que le marché n’accorde à aucun acteur privé : l’accès à des ressources captives issues notamment des consignations administratives et judiciaires ainsi que d’autres mécanismes réglementaires qui lui assurent une liquidité structurelle. Aucune banque d’investissement, aucun fonds privé et aucun opérateur financier concurrent ne dispose d’un tel privilège."
A l'en coire, la nécessité d’une réforme profonde apparaît d’autant plus évidente que la période 2024-2026 restera probablement comme l’une des plus sombres de l’histoire de la CDC. Dans le débat public sénégalais, on évoque souvent le « quatrième sous-sol » pour illustrer la profondeur d’une crise. "Pour la CDC, beaucoup ont eu le sentiment de tomber dans un trou sans fond, marqué par des difficultés et une perte de lisibilité stratégique", déplore-t-il.
Il poursuit : "La reconstruction de la CDC ne pourra donc pas être uniquement financière ou organisationnelle. Elle devra être également humaine. Il faudra restaurer la confiance, remobiliser les équipes, rétablir la fierté d’appartenance et reconstruire une culture institutionnelle fondée sur l’excellence et le mérite."
"Il en va de même pour la conduite d’une institution financière publique stratégique. Gouverner est un métier, Réformer est un métier. Diriger une organisation aussi complexe que la CDC exige une expertise spécifique, une vision stratégique, une maîtrise des mécanismes financiers et une réelle capacité de transformation", ajoute-t-il.
A son avis, l'enjeu de la prochaine nomination dépasse donc largement le choix d’un homme. L’enjeu est de savoir si la CDC poursuivra une logique d’expansion institutionnelle ou si elle s’engagera enfin dans une logique de réforme institutionnelle. "L’institution n’a pas besoin d’un gardien de l’existant. 'Elle a besoin d’un bâtisseur capable de remettre au centre de son action la doctrine, la stratégie, la gouvernance, la performance et la redevabilité. Elle a besoin d’un dirigeant suffisamment courageux pour réévaluer l’utilité économique de chaque filiale, clarifier le périmètre de l’institution et recentrer les ressources confiées par la collectivité sur les missions qui justifient réellement son existence."