Le Sénégal, pays des droits de l'Homme ? : ce que révèle le rapport de la CNDH
La Commission nationale des droits de l’homme (Cndh) a présenté hier au chef de l’Etat ses rapports annuels 2023, 2024 et 2025. Selon la présidente Amsatou Sow Sidibé, pour 2025, des avancées ont été notées, mais des défis persistent, concernant notamment les droits civils et politiques de manière générale. "En 2025, la situation des droits de l'Homme au Sénégal s'inscrit dans un contexte de consolidation institutionnelle consécutive à l'alternance politique de 2024", dit le rapport.
Et selon la présidente de la Cndh, l’analyse de la situation des droits de l’Homme pour la période 2023, 2024 et 2025 met en évidence des avancées relatives notamment au cadre institutionnel, à la gouvernance, à la reconnaissance progressive des droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux, à l’accès à la justice. Toutefois, des préoccupations majeures persistent. Il s’agit principalement des droits civils et politiques.
«Les évènements entre 2021 et 2024 ont impacté sur l’environnement des droits de l’Homme»
Le rapport indique que des préoccupations subsistent quant à l’effectivité des libertés fondamentales, notamment la liberté de réunion, d’expression et de manifestation. Des enjeux liés à la gestion de l’ordre public, à l’accès équitable à la justice, ainsi qu’aux conditions de détention continuent de requérir une attention particulière. La protection des journalistes et la garantie de la liberté de la presse demeurent des indicateurs sensibles de l’état de droit. "Les tensions sociopolitiques survenues entre 2021 et 2024 ont eu des répercussions sur l’environnement des droits de l’Homme, notamment dans les domaines liés aux libertés publiques, à l’intégrité physique, à la vie et à la gestion des manifestations, à la justice ainsi qu’à la liberté d’expression", a fait savoir le Pr Amsatou Sow Sidibé.
Les réformes institutionnelles en cours ouvrent des perspectives dont la mise en œuvre effective conditionnera l’amélioration durable de la situation des droits civils et politiques.» Elle ajoute qu’en 2023, 2024 et 2025, les défis majeurs concernant la privation de liberté sont principalement la surpopulation carcérale, l’insalubrité, la précarité sanitaire, les longues détentions préventives et les conditions inhumaines et dégradantes de prise en charge. La situation des enfants demeure également préoccupante pour la présidente de la Cndh. «Ils subissent des violations graves de leurs droits fondamentaux. Nous avons constaté des cas d’exploitation économique, de mendicité forcée, de maltraitance et de violence, des difficultés d’accès à l’état-civil et de nouvelles vulnérabilités liées au numérique.
S’agissant des droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux, le rapport estime que les inégalités sociales et territoriales, la précarité de l’emploi, la protection sociale insuffisante et les impacts des changements climatiques constituent des obstacles majeurs à la jouissance effective des droits fondamentaux. Ces contraintes affectent de manière disproportionnée les populations rurales, les jeunes et les travailleurs du secteur informel. Par ailleurs, les groupes en situation de vulnérabilité, notamment les femmes, les enfants, les personnes handicapées et les migrants, demeurent confrontés à des discriminations systémiques, à des violences multiformes et à des obstacles persistants d’accès aux services sociaux de base.
La liberté de la presse malmenée
S’agissant de la liberté de la presse, la Cndh a constaté que des journalistes et blogueurs ont fait l'objet de poursuites judiciaires ou d'interpellations dans le cadre de leurs activités professionnelles ; et des pressions sur certains médias ont été signalées dans un contexte de polarisation politique. De même, le cadre juridique relatif à la régulation des contenus numériques suscite des débats quant à son impact sur la liberté d'expression en ligne. «La consolidation d'un environnement médiatique sécurisé, respectueux des normes internationales de protection des journalistes et garantissant le droit du public à une information plurielle, demeure un enjeu central pour la démocratie sénégalaise», note le rapport.