Le 15 mai 2018, l’Adjudant Serigne Moustapha Sané, alors Sous-Lieutenant, a utilisé un fusil M16 de fabrication française, une arme lourde, pour tirer dans la foule. À la barre, le prévenu a reconnu le tir qu’il a tenté de justifier par l’urgence : son lanceur de grenade au sol se faisait agresser par une foule d’étudiants armés de pierres, et son Commandant, Abdou Diop, faisait barrière de son corps pour empêcher le pire. Dans des propos repris par L'OBS, Serigne Moustapha Sané affirme avoir tiré trois fois en l’air en guise de sommation sans parvenir à disperser les assaillants, avant un quatrième tir «dirigé vers les membres inférieurs de la foule».
Les avocats des parties civiles, Mes Amadou Diallo et Assane Dioma Ndiaye, ont fustigé ce choix. Pourquoi utiliser une arme de guerre alors que le militaire disposait également d’un pistolet automatique de calibre 9 mm ? Une question cruciale qui interroge la proportionnalité de l’usage de la force. «Tirer dans une foule ne permet pas d'écarter aussi facilement l'intention de tuer», a martelé Me Diallo qui s’est chargé de la défense de la Coordination des étudiants de Saint-Louis, représentée à la barre par son ancien président et un membre.
La famille de l'étudiant réclame 200 millions de FCFA
La famille de Fallou Sène, représentée par son père, a réclamé 200 millions de FCfa de dommages et intérêts, auxquels s’ajoutent 50 millions réclamés par la Coordination des étudiants de Saint-Louis (Ceds), soit un total de 250 millions de FCfa. Mais la prétention de la famille a été contestée par l’Agent judiciaire de l’État, qui l’a jugée «excessive». Une position qui souligne la difficulté persistante à engager la responsabilité civile de l’État, persiste Me Diallo. Malgré la gravité des faits, la défense de l’État tente de minimiser la charge financière pesant sur les deniers publics, au grand dam des parties civiles qui estiment que la vie de l’étudiant n’a pas de prix.
Délibéré le 27 novembre
Le Tribunal militaire a mis l’affaire en délibéré au 27 novembre prochain. Une échéance attendue avec impatience par la famille de Fallou Sène, qui espère que la Justice militaire fera la lumière sur les zones d’ombre de ce drame et sanctionnera l’usage disproportionné d’une arme de guerre.