Le rejet surprise du projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026 par la Commission des finances, le 23 octobre 2026, a plongé le Sénégal dans une crise institutionnelle inédite. Face à la fronde des députés du parti majoritaire Pastef, menés par Ousmane Sonko, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô est monté au créneau, ce dimanche 25 octobre, pour défendre les arbitrages de son gouvernement et tenter de désamorcer un blocage aux lourdes conséquences économiques.
Face aux journalistes, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a déploré la méthode employée par les députés, qualifiant leur posture d’« obstruction ». Il a exigé qu'ils traduisent leurs critiques en amendements écrits et formalisés plutôt que de bloquer le texte.
Les responsabilités sont partagées
Il a rappelé l'urgence économique : le Sénégal subit le poids d'un endettement massif évalué à 132 % du PIB fin 2024. Pour l'exécutif, ce réajustement budgétaire est le gage de la crédibilité du pays auprès du Fonds monétaire international (FMI), avec qui un programme d'aide crucial de 2,2 milliards de dollars est en cours de finalisation.
Ahmadou Al Aminou Lô a rappelé que cette LFR s'inscrit en droite ligne de la Loi de finances initiale (LFI) élaborée et défendue à l'époque par Ousmane Sonko lorsqu'il était Premier ministre. M. Lô a également renvoyé la majorité à ses propres responsabilités, soulignant que cette LFR découle d’une loi de finances initiale initialement portée par Ousmane Sonko lorsqu'il dirigeait le gouvernement. Les reports de dépenses de 295 milliards de FCFA se justifient, selon lui, par des moins-values de recettes sur le Programme de redressement économique et social (PRES), et non par une volonté d'abandonner les investissements publics.
Pourquoi les coupes budgétaires
Les ajustements et le report de 295 milliards FCFA de dépenses sont dus au fait que les ressources du Programme de redressement économique et social (PRES) n'ont pas été encaissées à la hauteur des prévisions initiales. Il conteste l'idée d'un « abandon » volontaire des projets…
Mardi, vers une plénière de tous les dangers
Le projet de loi doit être soumis à l’ensemble des députés lors d'une séance plénière prévue ce mardi 27 octobre 2026. Soucieux d'éviter une crise ouverte, le Premier ministre s'est dit prêt à rencontrer le président de l'Assemblée nationale dès lundi pour nouer un dialogue constructif.
Si aucun compromis n'est trouvé d'ici mardi, l'exécutif pourrait être contraint de recourir à l'arme constitutionnelle de l'article 86, alinéa 6. Ce mécanisme permet d'adopter le budget sans vote en engageant la responsabilité du gouvernement. Un choix politique périlleux puisque Pastef disposerait alors du nombre de voix nécessaires pour répliquer par le dépôt d'une motion de censure et faire tomber le gouvernement.