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Reug-Reug, les coulisses de la chute du «faucon noire»

Reug-Reug
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De l’infiltration aux Maristes, en passant par les rendez-vous de Technopole et de Pikine, L'OBS retrace le récit de la traque et de la chute du lutteur et champion du MMA, Reug-Reug arrêté pour trafic de billets noirs.
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Des billets noirs d'une valeur d'un milliard de FCFA

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Tout commence comme une affaire de faux billets. Ce qui n’était au départ qu’un renseignement confidentiel va se muer en une opération d’infiltration minutieusement orchestrée, avant de conduire les enquêteurs sur la piste de plusieurs protagonistes et d’un pactole en «billets noirs» dont la valeur annoncée se chiffre à presque un milliard de francs Cfa. Tout est parti du 20 septembre. Un agent de renseignement reçoit l’information selon laquelle des individus seraient en possession de «billets noirs» de 100 dollars et rechercheraient un technicien qualifié capable de procéder à leur « lavage ».

L'opération d'infiltration

L’alerte est suffisamment sérieuse pour remonter jusqu’à la Brigade de recherches de la gendarmerie de Faidherbe (Dakar). Une réunion est alors tenue afin de mettre sur pied une opération d’infiltration. Deux agents sont désignés pour se faire passer pour des techniciens spécialisés. Ils se munissent du matériel nécessaire à la confection des billets ainsi que de véritables dollars, destinés à donner davantage de crédibilité à leur couverture. Les deux agents retournent alors dans le milieu et, par l’intermédiaire de leurs contacts, parviennent à obtenir le numéro d’un nommé Diégane Faye, connu sous le nom de Saltigué Dibo.

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Le Rendez-vous avec le Saltigué qui déclenche tout

Les premiers échanges téléphoniques s’engagent, les précautions se multiplient et, au terme de ces discussions, un premier rendez-vous est finalement convenu avec le Saltigué. La rencontre est fixée à la station EDK de Technopole. L’homme s’y présente avec deux échantillons de «billets noirs» de 100 dollars. Les deux parties prennent le temps d’échanger sur les modalités de l’opération et constatent que le montant proposé demeure, à ce stade, trop faible. L’affaire n’en reste pas moins ouverte.Le lendemain, lundi 21 septembre, un deuxième rendez-vous est pris au même endroit. Cette fois, Saltigué Dibo arrive avec un échantillon constitué de dix billets de 100 dollars. Les gendarmes disposant de véritables billets en dollars, ils entreprennent alors de lui faire une démonstration destinée à achever de le convaincre. Les  techniciens» font mine d’introduire le billet dans une machine et lui remettent ensuite le véritable billet.

La chute du Saltigué

gendarmerie
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Le résultat semble satisfaire leur interlocuteur, bluffé. Convaincu par la démonstration, celui-ci décide de faire affaire avec les prétendus techniciens. Pour parachever la manœuvre et l’appâter davantage, les gendarmes lui laissent le billet authentique de 100 dollars. Celui-ci aurait même, selon les éléments de l’enquête, pu l’échanger et le dépenser. Un troisième rendez-vous est alors fixé, toujours à la station EDK de Pikine, cette fois à 10 heures du matin, pour procéder au traitement d’un volume plus important de «billets noirs». Mais, cette fois, le décor a changé. Avant même que le Saltigué ne se présente, un dispositif de surveillance et d’interpellation a déjà pris position sur les lieux. Diégane, qui espère avoir affaire aux deux seuls gendarmes infiltrés avec lesquels il traite depuis le début de l’opération, ignore qu’il est désormais cerné.

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Pour permettre son repérage par le dispositif, ses deux interlocuteurs, installés à bord d’un véhicule banalisé, l’appellent au téléphone. Le fait qu’il prenne l’appel en public permet aux autres éléments du dispositif de le localiser et de l’identifier.Ainsi repéré par les hommes chargés de son interpellation, le Saltigué demeure néanmoins pris en charge par les deux gendarmes infiltrés, qui poursuivent leur mission en l’invitant à rejoindre leur véhicule. Une fois à l’intérieur, Diégane Faye, connu sous le nom de Saltigué Dibo, leur remet une boîte contenant 160 coupures de 100 dollars destinées à être «lavées». C’est alors que les gendarmes infiltrés donnent le signal à l’équipe d’intervention, qui procède discrètement à son interpellation.

Les "grandes personnalités" impliquées

Mais l’arrestation ne constitue pas encore le point final de l’opération. Car, au cours des deux précédents rendez-vous, Diégane Faye avait affirmé travailler avec de « grandes personnalités » dans cette affaire. Il soutenait notamment que l’un de ses collaborateurs détenait des « billets noirs » dont la valeur avoisinerait le milliard de francs Cfa. Il ajoutait que, si les gendarmes qu’il prenait pour des techniciens parvenaient à laver les 160 dollars, il pourrait les mettre en contact avec cette personnalité. Après son arrestation, les gendarmes lui proposent alors un marché : collaborer avec la justice en échange d’une atténuation de son sort. Dans un premier temps, il tente de refuser. Il finit toutefois par accepter le deal et se montre alors particulièrement loquace.

La Douane sénégalaise a saisi plus d'un milliard FCFA en billets noirs saisis entre Louga et Thiès, fin mars à début avril 2022
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Comment le Saltigué a "vendu" Reug-Reug

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Au cours de ses déclarations, il révèle aux gendarmes que la personnalité à laquelle il fait référence est un lutteur. Pressé de questions, il finit par livrer le nom de Reug-Reug. Il précise toutefois que le lutteur travaillerait avec son frère, qu’il utiliserait comme couverture. Pour tenter d’attester de sa bonne foi, il appelle alors celui qu’il présente comme le frère de Reug-Reug. Il apparaît toutefois, selon les éléments recueillis, que l’homme en question est en réalité l’oncle de Reug-Reug, le petit frère de sa mère. Il s’agit de Mamadou Bamba Ndiaye, connu sous le sobriquet d’«Usine» dans le milieu de la lutte.

Aux Maristes, les gendarmes louent un appartement meublé pour cerner Reug-Reug

Au bout du fil, «Usine», qui a mordu à l’hameçon, demande à Saltigué de lui laisser le soin de joindre Reug-Reug. Il appelle alors le champion de lutte, mais sans succès. Il rappelle ensuite Saltigué pour lui expliquer que, vraisemblablement, Reug-Reug est en train de dormir. Mais «Usine» ne s’arrête pas là. Il donne mandat à Saltigué de traiter directement avec les techniciens, qui ne sont autres que les gendarmes infiltrés. À charge pour lui, précise-t-il, de venir, après en avoir discuté avec Reug-Reug, leur apporter les «billets noirs» et de vérifier par lui-même si les techniciens sont effectivement capables de faire correctement le travail. Afin de mieux cerner Reug-Reug, les gendarmes se rendent aux Maristes, où ils prennent un appartement meublé de deux chambres et salon.

C’est dans cet appartement qu’ils installent leur machine destinée au « lavage » des billets noirs. Le décor est ainsi planté pour la suite de l’opération, avec, en toile de fond, une transaction dont les ramifications semblent désormais dépasser largement le premier protagoniste interpellé. Vers 16 heures, «Usine» rappelle Saltigué. Celui-ci parvient à le convaincre de prendre un taxi et de les rejoindre aux Maristes, précisément à proximité du restaurant Festival Burger. Une fois dans l’appartement, les techniciens, qui sont en réalité les gendarmes infiltrés, se présentent à « Usine ». Ils entreprennent ensuite de le convaincre de leur professionnalisme en lui montrant un lot de billets de 100 dollars authentiques, qu’ils présentent comme des billets déjà «lavés».

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Reug-Reug débarque à l'appartement des gendarmes à bord d’un véhicule de marque Mazda

Saltigué va même jusqu’à jouer le jeu afin de rassurer davantage «Usine», confortant ainsi ce dernier dans l’idée qu’il se trouve bien en présence de techniciens capables d’exécuter le travail attendu. Rassuré, «Usine» accepte alors de passer un marché avec les gendarmes. Il leur demande directement quelle sera la répartition entre les différentes parties. Les protagonistes conviennent d’un partage à hauteur de 70 % pour « Usine » et Reug-Reug, contre 30 % pour les techniciens. Il est alors plus de 17 heures lorsque « Usine» joint Reug-Reug au téléphone. Le lutteur lui aurait demandé si l’opération était garantie. «Usine» lui aurait répondu par l’affirmative.C’est vers 19 heures que Reug-Reug débarque à bord d’un véhicule de marque Mazda. Il ouvre le coffre et en sort un carton qu’il fait monter jusqu’à l’appartement.

Reug-Reug confié aux gendarmes détenir 750 millions FCfa en « billets noirs» de 100 dollars

À l’ouverture du carton par les gendarmes infiltrés, ceux-ci constatent la présence des «billets noirs». S’ensuit un bref exposé de «Usine» à l’endroit de Reug-Reug sur les modalités du partage de l’argent une fois celui-ci «lavé». Reug-Reug aurait accepté les conditions et aurait demandé aux techniciens, c’est-à-dire aux gendarmes infiltrés, de faire vite. Il leur aurait indiqué détenir quelque 750 millions de francs Cfa en « billets noirs» de 100 dollars et ajouté que, s’ils accomplissaient correctement leur travail, il pourrait contacter un promoteur susceptible de leur en fournir beaucoup davantage.

Vers d'autres arrestations

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Une fois le marché conclu, l’équipe infiltrée donne alors le signal au dispositif d’intervention afin de procéder à l’arrestation du lutteur. L’opération, patiemment construite depuis le premier renseignement recueilli le 20 septembre, entre ainsi dans sa phase décisive. Au total, le montant saisi avoisinerait les 900 millions de francs Cfa, sous forme de « billets noirs » de 100 dollars. Les mis en cause sont poursuivis pour association de malfaiteurs, détention de matières destinées à la contrefaçon de billets de banque ayant cours légal et tentative de corruption. Ils devraient être déférés devant le parquet, probablement lundi. Mais l’affaire ne s’arrête pas à ces arrestations : trois autres personnes sont actuellement recherchées dans le cadre de cette procédure.

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