La Cellule nationale de traitement des informations financières du Sénégal (Centif) a dévoilé, hier, son rapport d’activités 2025 sur le blanchiment d'argent et de capitaux.. Selon les données dévoilées et reprises par L'OBS, la Centif a enregistré en 2025 un total de 866 Déclarations d’opérations suspectes (Dos), contre 928 en 2024 et 807 en 2023. Malgré cette légère baisse, l’institution considère que le niveau des déclarations reste élevé, traduisant une meilleure appropriation des mécanismes de vigilance par les acteurs financiers.
Les banques en tête des signalements
Entrant dans le détail des statistiques, la secrétaire générale de la Centif et cadre à la Bceao, Khadidjatou Fayez Diop, a expliqué que «l’activité déclarative constitue le socle du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux». Les banques et établissements financiers demeurent les principaux déclarants avec 648 Dos, soit près de 75% des signalements reçus en 2025. Elles sont suivies par les établissements de monnaie électronique (75 Dos), les opérateurs de transfert d’argent (74 Dos) et les systèmes financiers décentralisés (58 Dos).
Le rapport révèle qu’en 2025, le nombre de Déclarations de transactions en espèces (Dte) s’est établi à 28 225 541 (banques et établissements financiers 1 504 912 ; systèmes financiers décentralisés 17 236 ; établissements de monnaie électronique 26 702 464 ; casinos et établissements de jeux 865 ; notaires 9 ; société de gestion et d’intermédiation 54 ; et hôtels 1). Les établissements de monnaie électronique concentrent à eux seuls près de 95% des transactions déclarées. Selon la Centif, cette évolution reflète le basculement progressif vers les paiements électroniques et la digitalisation accélérée des échanges commerciaux au Sénégal.
Les dossiers frauduleux sont passés de 554 à 679 déclarations
L’autre enseignement majeur du rapport concerne la forte progression des infractions sous-jacentes détectées dans les déclarations reçues. «La fraude demeure aujourd’hui l’infraction la plus dominante dans les déclarations reçues par la Centif», a insisté Mme Diop. En 2025, les dossiers liés à des mécanismes frauduleux sont passés de 554 à 679 déclarations. Les autorités évoquent notamment : «les fraudes fiscales et parafiscales ; les fraudes bancaires et aux moyens de paiement ; les cyber-fraudes ; les fraudes documentaires ; les fraudes liées à la gestion publique».
Autre signal d’alerte : les cas de faux et usage de faux ont littéralement explosé, passant de 16 déclarations en 2024 à 84 en 2025. Les infractions fiscales progressent également avec 76 dossiers recensés, tandis que les infractions à la réglementation des changes atteignent 71 déclarations. En revanche, les dossiers directement qualifiés de corruption ont reculé, passant de 138 à 77 déclarations.
Sociétés écrans, prête-noms et dépôts suspects, le modus operandi du blanchiment
Les investigations de la Centif mettent aussi en lumière de nouveaux schémas de blanchiment particulièrement sophistiqués. Les analystes ont identifié plusieurs méthodes récurrentes : «le recours à des sociétés écrans ; l’utilisation de comptes familiaux ou de prête-noms ; des dépôts massifs d’espèces sans justification économique ; des montages bancaires complexes ; des opérations financières atypiques mêlant plusieurs intermédiaires». Le travail d’analyse opérationnelle mené par la Centif a conduit à la transmission de 37 rapports au Pool judiciaire financier (Pjf), portant sur 95 déclarations d’opérations suspectes jugées suffisamment graves pour déclencher des procédures judiciaires.
Parallèlement, la Centif a procédé à 17 disséminations d’informations vers plusieurs administrations et autorités, notamment la Direction générale des impôts et des domaines (Dgid), la Bceao, la Direction de la monnaie et du crédit et la Police judiciaire. Mme Diop a également révélé que la Commission d’examen de la Centif a finalisé le traitement de 203 Dos et produit 103 rapports en 2025, avec : «37 transmissions au Pool judiciaire financier ; 37 classements provisoires ; 12 poursuites d’investigations complémentaires ; 17 disséminations de renseignements financiers».
Face à la dimension transfrontalière des circuits de blanchiment, la coopération internationale s’intensifie également. En 2025, la Centif a adressé 40 demandes d’informations à des cellules étrangères et en a reçu 21.