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Emeutes anti-immigrés en Espagne : Les "Modou-Modou" racontent

Depuis plusieurs jours, la ville de Torre Pacheco, près de Murcie en Espagne, est le théâtre d'émeutes anti-immigrés, après l'agression d'un retraité par trois jeunes actuellement recherchés par la police.
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Torre Pacheco, où plus de 30% de la population est étrangère, vit sous tension depuis l’agression de Domingo, un retraité, passé à tabac en pleine rue. Il est retrouvé le visage tuméfié, les yeux ensanglantés. Une scène filmée, partagée sur les réseaux sociaux, et a provoqué une vague d’émeutes anti-immigration. Les discours haineux se multiplient et les expéditions punitives s’enchaînent nuit après nuit contre la communauté immigrée. Interrogés par L’OBS, Mady Bâ et Baye Laye Touré, Sénégalais séjournant à Murcie, décrivent un climat étouffant.

Emeutes anti-immigrés en Espagne : Les "Modou-Modou" racontent

Mady Bâ : «La plupart des Sénégalais ont cessé toute activité non essentielle»

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"Je vis à Murcie depuis 1999, avec toute ma famille. Je travaille dans une Ong d’aide aux migrants. Torre-Pacheco est un territoire où cohabitent de nombreuses communautés étrangères. Il y a ici près de 68 nationalités différentes. Environ 30% de la population est composée d’immigrés. C’est un endroit où, jusqu’à récemment, chacun essayait de vivre en paix, malgré les défis habituels liés à l’intégration. Mais depuis quelques jours, la peur a envahi nos rues et nos esprits. Tout a commencé mercredi dernier, avec l’agression d’un homme de 68 ans, prénommé Domingo. Il aurait été violemment attaqué en pleine rue par trois jeunes d’origine nord-africaine, sans motif apparent. Les images de cette agression, largement diffusées, ont rapidement embrasé les esprits. En quelques heures, des groupes d’extrême droite ont appelé à se rassembler dans les rues. Sous couvert d’indignation, ces groupes ont déclenché une véritable «chasse à l’immigré».

Emeutes anti-immigrés en Espagne : Les "Modou-Modou" racontent

"Des manifestants, parfois cagoulés, ont pris pour cible les personnes perçues comme étrangères, notamment d’origine nord-africaine. Mais il ne faut pas se tromper : cette haine ne s’arrête pas aux Maghrébins. Elle déborde. Elle touche aujourd’hui tous les immigrés, y compris les Latino-américains, les Africains et donc nous, Sénégalais. Tout cela pèse lourdement sur notre quotidien. Pour le moment, aucun Sénégalais n’a été directement attaqué. Mais nous vivons dans la peur. Une peur permanente. Nous savons que cela peut basculer à tout instant. Ici, la tension est palpable. Le climat est délétère. Aujourd’hui, la plupart des Sénégalais ont cessé toute activité non essentielle. Nous ne sortons plus que pour aller travailler, puis nous rentrons immédiatement à la maison. Nous tentons d’être invisibles."

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"Des manifestants, parfois cagoulés, ont pris pour cible les personnes perçues comme étrangères, notamment d’origine nord-africaine. Mais il ne faut pas se tromper : cette haine ne s’arrête pas aux Maghrébins. Elle déborde. Elle touche aujourd’hui tous les immigrés, y compris les Latino-américains, les Africains et donc nous, Sénégalais. Tout cela pèse lourdement sur notre quotidien. Pour le moment, aucun Sénégalais n’a été directement attaqué. Mais nous vivons dans la peur. Une peur permanente. Nous savons que cela peut basculer à tout instant. Ici, la tension est palpable. Le climat est délétère. Aujourd’hui, la plupart des Sénégalais ont cessé toute activité non essentielle. Nous ne sortons plus que pour aller travailler, puis nous rentrons immédiatement à la maison. Nous tentons d’être invisibles."

Lire plus : https://www.pulse.sn/articles/news/espagne-72-438-personnes-sauvees-23-928-migrants-secourus-2025021015372585903

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Emeutes anti-immigrés en Espagne : Les "Modou-Modou" racontent

"De survivre, en silence. Nous appelons les autorités espagnoles à agir avec responsabilité. Nous demandons protection et justice. Il faut que les auteurs d’agressions soient poursuivis, quelle que soit leur origine. L’impunité ne peut qu’alimenter la violence. Il faut éviter les amalgames et garantir la sécurité de tous les citoyens, qu’ils soient espagnols ou immigrés. Nous sommes venus ici pour travailler et pour vivre dignement. Les immigrés ne doivent pas être pourchassés dans les rues comme des criminels. Aujourd’hui, nous avons peur. Et cette peur, elle est profonde, elle est réelle, elle est partagée."

Baye Laye Touré :  «Chaque matin, je pars avec la boule au ventre, en regardant derrière moi»

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"Je vis à Torre-Pacheco depuis 2006. Cela fait près de vingt ans que j’ai posé mes valises ici et que je travaille honnêtement, comme beaucoup d’autres immigrés venus chercher un avenir meilleur. Et pourtant, jamais je n’ai vécu une situation aussi inquiétante que celle que nous traversons en ce moment. Aujourd’hui, simplement mettre un pied dehors est devenu un acte risqué. L’insécurité n’est plus seulement une crainte lointaine : elle est là, tangible dans nos esprits. En tant qu’ouvrier agricole, je n’ai pas d’autre choix que d’aller travailler chaque jour dans les champs. Mais chaque matin, je pars avec la boule au ventre, en regardant derrière moi. Je prie pour que la journée se passe sans incident. Ce n’est plus une vie normale, c’est une survie."

"Depuis vendredi dernier, la tension est montée d’un cran. Elle est devenue presque insupportable. Il y a les insultes qui fusent dans la rue, les regards pleins de méfiance, parfois de haine, les propos violents qui circulent sur les réseaux sociaux… Ce climat nous pousse à nous faire tout petits, à marcher la tête baissée. Même si les manifestants disent en vouloir surtout aux populations d’origine nord-africaine, nous savons tous que cela peut dégénérer d’un moment à l’autre. La colère n’a plus de direction. Elle frappe au hasard. Et nous, Africains en général, sommes dans le viseur. Désormais, je ne sors plus de chez moi, sauf pour aller travailler. J’évite les endroits animés, je ne traîne plus dans les rues, je ne reste jamais dehors tard le soir. J’ai mis ma vie sociale entre parenthèses."

"Comme beaucoup de mes compatriotes, je fais tout pour ne pas attirer l’attention, pour éviter le moindre malentendu. Cette situation est lourde à vivre. Elle crée un stress permanent. Nous sommes inquiets pour nous-mêmes. Ce n’est pas seulement une crise passagère. Les manifestants sont déterminés. Et tant que les autorités n’agiront pas fermement, tant que la justice ne fera pas la lumière sur les actes de violence, la peur continuera à nous ronger de l’intérieur. Nous voulons simplement vivre en paix. Travailler, nourrir nos familles et être respectés comme des êtres humains."

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