Sénégal : Quand le système d’enseignement crée plus de chômeurs

Déjà en 2016, une étude de l'ANSD (Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie) estimait à 22,8 % le taux de chômage parmi les personnes détenteurs d’un diplôme supérieur à BAC+2, soit le plus élevé chez les diplômés en général.

Des étudiants de l'université Cheikh Anta Diop partent en vacances à la fermeture du campus social.

Au Sénégal, les plus diplômés sont les plus touchés par le chômage. Au moment où l’État parle de création d’emplois ou d’insertion professionnelle, l’équation des formations qualifiantes et pratiques se pose davantage. Selon l'agence de la statistique, les personnes sans diplômes sont les moins affectées par le chômage, 12,1 % d'entre elles sont concernées. Mais ce chiffre augmente en même temps que le niveau d'études, il est de 15,7% pour les personnes titulaires du CEPE/CFEE, de 15,5 % pour les titulaires du BAC/DT/BT, de 15,2 % pour celles ayant le niveau BAC+2, et de 22,8 % parmi les personnes détenteurs d’un diplôme supérieur à BAC+2 (étude publiée à la fin 2016).

À la limite entre le campus social et l’espace pédagogique de l’Université Cheikh Anta Diop, des étudiants sont en mouvement dans tous les sens. Seul ou en groupe, les uns regagnent les amphis et les salles de classe pendant que d’autres cherchent de quoi se mettre sous la dent. « La réussite est au bout de l’effort », une phrase qui motive plus d’un dans ce temple du savoir. Trouver un emploi ou une activité génératrice de revenus est l’objectif de tous.

Seulement, « Il sera difficile pour un étudiant qui n’a pas de formation professionnelle de trouver un emploi », un avis émis par Aïssatou Faty Thiam. Visage d’ange, cette étudiante en Licence en Gestion des ressources humaines à l’ESP estime que la plupart des entreprises ont besoin de personnes qualifiées et compétentes. Des qualités recherchées par les organisations mais les formations offertes dans les universités sont plus centrées sur la théorie que sur la pratique. Une situation qui place l’étudiant dans une mauvaise posture dans le milieu professionnel.

Assis à l’entrée de l’Amphithéâtre Mbaye Guèye de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines (FLSH) de l’Ucad, Dame Sarr, la vingtaine révolue, parle avec regret d’un « programme universitaire qui n’offre pas d’opportunités ». Ce passionné de lettres aurait aimé faire parallèlement de l’informatique. Pour lui, la principale issue de sortie reste les concours d'État.

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Une opinion partagée par Pape Samba Diop, étudiant en Master II en droit à l’université Amadou Hampâté Bâ. Lui qui fréquente également la FSPJ (Fac de droit) de l’Ucad pense qu’intégrer les grandes écoles serait une solution pour l’insertion et la pratique des étudiants. Dans ce registre, il y a un « mais » qui s’impose. Il s’agit du faible nombre d’admis : « Les concours aussi sont un problème. 20 000 candidats peuvent se présenter à un concours et finalement, il n’y a que 100 qui sont retenus. L’Etat doit mettre des conditions pour que les étudiants puissent entreprendre. »

« IL faut privilégier les Isep… »

Diop reconnaît toutefois que l’État a fait des efforts pour accompagner les jeunes avec la mise en place des Isep (Institut Supérieur d’Enseignement Professionnel). A quelques pas du jardin public de la Fac de droit où est assis Pape Samba, Pape Abdoulaye Touré organise les troupes de sa liste pour les élections de l'amicale de ladite faculté. Rire et échanges de mots, c’est l’enthousiasme avant la "campagne électorale", avec leur candidat qui est bien sur son 31.

Adulé par ses camarades, le sieur Touré reste une « célébrité », du fait qu’il soit activiste et défenseur des droits estudiantins. Il remet cette situation sur le dos des gouvernants, glissant sur une remise en question de l’appareil étatique : « L’État n’offre pas d’emploi à un jeune qui n’a pas de diplôme et il n’a pas créé les conditions » pour éradiquer le chômage chez les diplômés.

Les scientifiques dans le désarroi

Touré pense que la seule solution, c’est de révolutionner tout le système, du préscolaire au supérieur. « Nous qui réussirons à l’université, nous aurons tous les problèmes du monde pour trouver un travail, surtout adéquat. Avant de parler de l’emploi des jeunes, il fallait changer le programme ou le système de l’enseignement supérieur et scolaire. À partir de la classe de troisième, il faut spécialiser les élèves. De ce fait, à partir de la Seconde, ceux qui veulent suivre un enseignement technique pourront le faire et pour le reste, ils peuvent être initiés au droit ou les autres matières professionnelles, accompagnées de stages ou de pratiques », avance-t-il. L’activiste qui est, par ailleurs, un ancien étudiant en droit, note que le monde est dans une trajectoire scientifique et technologique.

C’est ce qui lui fait dire qu’il faut mettre en place une stratégie pour encourager étudiants et élèves à s’orienter vers les matières scientifiques. Une étudiante trouvée à la faculté des sciences dit tout le contraire, sous le sceau de l’anonymat. « Les choses commencent à changer au Sénégal. Avant, on pensait que lorsqu’on est orienté dans certains départements ou facultés, on ne va pas chômer. Ce qui n’est plus le cas. Même ceux qui font médecine et les sciences n’échappent pas à la nouvelle règle », dit-elle. Étant en année de licence en Physique et chimie, cette jeune demoiselle n’est pas certaine de trouver un emploi après ses études. Elle vit le stress de jour en jour à force de penser à ses prédécesseurs à l’université qui ont tous les diplômes et sont sans emploi.

Stress et pression sociale au quotidien

« Quand on est à l’université, on est tout le temps stressé par le fait de trouver un job. À la limite, on se pose même la question de savoir si cela vaut la peine de continuer. Rien n’est certain. On apprend juste pour ne pas rester sans rien faire mais le travail n’est jamais garanti. Certains sont plus diplômés que nous, ils sont là à ne rien faire. C’est décourageant. Et c’est l’éducation qui va faillir », nous confie notre interlocutrice.

Elle fait savoir que les débouchés sont nombreux. « Avec notre formation, on peut devenir chimiste et travailler dans les laboratoires. En physique aussi, il y a plusieurs branches : électronique, électromécanique, génie électrique, électricité. Je suis en année de Licence et je ne sais même pas comment faire pour trouver un stage. Généralement, ce sont les étudiants de Master II qui ont cette possibilité. Depuis trois ans, nous ne faisons que des cours théoriques. On se demande même si on venait à être dans un laboratoire, est-ce qu’on serait en mesure d’appliquer les enseignements reçus. C’est un peu grave », se désole-t-elle.

Depuis 2014, l'État du Sénégal, dans son plan de développement national, s’est engagé à créer chaque année 100.000 à 150.000 emplois décents, productifs et rémunérateurs à travers la promotion des investissements publics à haute intensité de main-d'œuvre et l’amélioration du suivi du marché du travail. Mais, les Sénégalais réclament plus d’efforts de la part du gouvernement en matière de création d’emplois.

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