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À l’occasion de la fête des pères, célébrée ce dimanche au Sénégal, une question sensible refait surface dans les foyers et dans l’espace public : qu’est-ce qu’être père aujourd’hui ? Entre figure d’autorité, pilier familial et présence affective, la paternité est interrogée à l’aune des réalités sociales. Mais peut-on réellement considérer comme père un homme qui a déserté ses responsabilités parentales ?
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Chaque année, la fête des pères est l’occasion de rendre hommage à ces hommes qui assument pleinement leur rôle au sein de la famille. Cadeaux, messages d’amour et marques de reconnaissance affluent. Pourtant, derrière cette célébration, une réalité plus nuancée, parfois douloureuse, s’impose dans de nombreux foyers sénégalais : celle des pères absents. Au Sénégal, la figure paternelle occupe une place centrale dans l’organisation sociale. Traditionnellement, le père est perçu comme le chef de famille, garant de l’autorité, mais aussi pourvoyeur de ressources. Cependant, au fil des mutations sociales, ce rôle évolue et intègre désormais une dimension affective de plus en plus revendiquée par les enfants et les mères.

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Mais que reste-t-il de cette figure lorsque l’homme refuse d’assumer ses obligations ? Peut-on encore lui attribuer le titre de père ? Pour Awa Ndiaye, mère de trois enfants vivant à Pikine, la réponse est sans appel : « un père, ce n’est pas seulement celui qui donne la vie. C’est celui qui est là. Le père de mes enfants est vivant, mais pour eux, il est comme un étranger. Il n’a jamais payé leurs études, ni pris de leurs nouvelles. » Comme Awa, de nombreuses femmes élèvent seules leurs enfants, souvent dans des conditions difficiles. L’absence du père ne se limite pas à un manque financier. Elle laisse aussi des séquelles psychologiques profondes. Mamadou, étudiant de 22 ans à Dakar, témoigne , « j’ai grandi sans mon père. Il est parti quand j’avais 5 ans. Pendant longtemps, je me suis demandé ce que j’avais fait de mal. Aujourd’hui encore, j’ai du mal à faire confiance aux hommes. »

Ces témoignages mettent en lumière une réalité silencieuse : l’abandon parental n’est pas seulement une défaillance individuelle, mais un phénomène social aux conséquences durables. Du point de vue légal et moral, la responsabilité paternelle ne se limite pas à la reconnaissance d’un enfant. Elle implique un engagement continu, tant sur le plan matériel qu’affectif. Pourtant, dans les faits, les mécanismes de contrainte restent faibles, et beaucoup de pères échappent à leurs obligations. Pour ce sociologue , cette situation traduit une crise de la paternité « nous sommes dans une période de transition. Avant, le père était respecté par son statut. Aujourd’hui, ce statut doit être mérité par l’implication réelle. Les enfants ne se contentent plus d’un nom. Ils veulent une présence. »

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La fête des pères devient ainsi, pour certains, un moment de frustration, voire de douleur. Sur les réseaux sociaux, de nombreux jeunes expriment leur malaise face à cette célébration qui ne correspond pas à leur vécu. « Je ne fête pas la fête des pères », écrit Fatou, 19 ans. « Je ne vais pas célébrer quelqu’un qui ne s’est jamais soucié de moi. » Face à ces voix, une autre réalité existe également : celle des pères engagés, présents et impliqués, qui redéfinissent positivement le rôle paternel. Ils participent à l’éducation, accompagnent leurs enfants et assument pleinement leurs responsabilités. Alors, peut-on considérer comme père un homme qui a fui ses devoirs ? La question divise, mais une tendance se dégage clairement dans l’opinion : la paternité ne se résume plus à un lien biologique. Elle se construit dans la durée, par des actes concrets et une présence constante. En cette fête des pères, au-delà des célébrations, c’est peut-être le moment de repenser ce que signifie réellement être père. Un titre ne suffit plus. Il doit être incarné. Et pour beaucoup d’enfants, la réponse est simple : un père, c’est celui qui reste.

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