Les syndicats menacent de paralyser le pays
Les parlementaires de la 15e Législature sont appelés à se prononcer ce lundi sur deux projets de loi que le gouvernement présente comme des réformes majeures destinées à moderniser les relations professionnelles et le système de protection sociale. Mais plusieurs points contenus dans ces textes cristallisent déjà les inquiétudes du monde du travail. Parmi les dispositions qui seront scrutées de près par les députés figure celle relative au Contrat à durée déterminée (Cdd).
Selon les organisations syndicales, la réforme prévoit de faire passer la durée du Cdd de deux à quatre ans, avec la possibilité de trois renouvellements. Si cette disposition est maintenue, un salarié pourrait rester sous contrat précaire pendant douze ans avant de prétendre à un Contrat à durée indéterminée (Cdi). Une perspective que les centrales syndicales considèrent comme une remise en cause des acquis sociaux.
A la veille de ce rendez-vous parlementaire qui s’annonce décisif, les organisations syndicales haussent le ton. Le Front syndical pour la défense du travail (Fsdt), qui regroupe plusieurs centrales, est monté au créneau samedi pour dénoncer la démarche des autorités dans le processus d’adoption des nouveaux Codes du travail et de la sécurité sociale. Face à la presse, le samedi 20 juin 2026, les responsables syndicaux ont accusé le gouvernement d’avoir engagé l’examen des projets de loi à l’Assemblée nationale sans concertation «sincère, transparente et inclusive» avec les partenaires sociaux, en violation, selon eux, des engagements pris dans le cadre du Pacte national de stabilité sociale.
Une remise en cause des principes du dialogue social
Prenant la parole au nom du Front, le secrétaire général de la Cnts, Mody Guiro, a estimé que cette procédure constitue une remise en cause des principes du dialogue social ainsi que des engagements internationaux du Sénégal. Les syndicats évoquent notamment la Convention n°144 de l’Organisation internationale du travail (OIT), qui prévoit une consultation effective des partenaires sociaux sur les grandes réformes touchant au monde du travail. Le Front syndical pour la défense du travail (Fsdt), qui regroupe plusieurs centrales, estime qu'une telle mesure favoriserait la précarisation de l'emploi et affaiblirait davantage la sécurité professionnelle des travailleurs.
Au moment où l'hémicycle s'apprête à examiner les textes, le Collectif interministériel des agents de l'administration sénégalaise (Ciaas) a choisi d'interpeller directement les députés de la XVe législature. Dans une lettre ouverte adressée aux parlementaires, son coordonnateur, Omar Dramé, appelle les élus à «surseoir» à l'adoption des projets de loi n°15/2026 portant Code du travail et n°16/2026 relatif au Code de la sécurité sociale. Le collectif dénonce une réforme menée «dans une opacité totale », affirmant que les versions définitives des textes n'ont jamais été communiquées aux partenaires sociaux. «Une rupture majeure du dialogue social s'est opérée », écrit le Ciaas, qui accuse les autorités de mépriser les dispositions de la Convention 144 de l'OIT.
Le collectif insiste particulièrement sur les conséquences sociales de l'allongement du CDD. Selon ses calculs, la nouvelle formule pourrait conduire un salarié à effectuer jusqu'à douze années sous contrat précaire avant d'espérer bénéficier d'un CDI. «Douze longues années de précarité institutionnalisée, 144 mois d'instabilité et près de 4 380 jours d'anxiété», alerte le Ciaas, qui s'interroge sur la capacité d'un père ou d'une mère de famille à planifier son avenir, accéder au logement ou obtenir un crédit bancaire dans ces conditions. Pour les agents de l'administration regroupés au sein du collectif, la réforme menace directement « la dignité de millions de citoyens » et pourrait provoquer une grave détérioration du climat social.
Le spectre d'une crise sociale
Les centrales syndicales ont déjà annoncé la couleur. Une assemblée générale des travailleurs est prévue le 3 juillet prochain à la Bourse du travail de Keur Madia. Celle-ci devra statuer sur les modalités d'une mobilisation nationale pouvant conduire à une grève générale de 24 heures le 10 juillet. Travailleurs, retraités et forces sociales sont appelés à se mobiliser pour défendre ce que les syndicats qualifient de « droits fondamentaux menacés ». Ainsi, au-delà du simple vote de deux textes législatifs, les députés auront à examiner des dispositions qui pourraient avoir des répercussions majeures sur les relations professionnelles, la stabilité sociale et l'avenir du dialogue entre l'Etat, le patronat et les organisations de travailleurs.