La partie civile veut des peines plus lourdes
Le dossier des 18 supporters sénégalais, condamnés le 19 février dernier, à des peines allant de trois mois à un an de prison ferme, entre dans une nouvelle phase de turbulences. Alors que la défense avait délibérément choisi de ne pas faire appel pour privilégier la voie de la médiation, les autorités judiciaires marocaines ont décidé de porter l’affaire devant la juridiction supérieure. Un rebondissement inattendu. L’information a été confirmée hier lundi par Me Patrick Kabou, avocat de la défense, par le biais d’un communiqué.
Joint par l’Observateur, la robe noire est revenue sur les détails de cet appel qui plonge les familles des supporters sénégalais dans le désarroi total. Explication : «La défense avait anticipé cette éventualité en communiquant largement sur la lourdeur des premières peines, espérant ainsi dissuader le ministère public marocain de surenchérir. Cependant, les autorités judiciaires marocaines semblent vouloir s'aligner sur la loi 09-09, une législation stricte votée pour sécuriser les infrastructures sportives en vue de la CAN et de la Coupe du Monde, où les peines oscillent généralement entre 3 et 5 ans de prison».
Le ministère public et la partie civile (représentant les intérêts du complexe Moulay Abdellah) ont déposé un recours en appel. Cette décision surprend les observateurs, car le délai légal semblait expiré depuis le 3 mars dernier. Ce recours suspend de fait toute demande de grâce royale. «Techniquement, une grâce ne peut être accordée sur une condamnation qui n'est pas encore définitive», explique l’avocat. La nouvelle audience est fixée au lundi 16 mars 2026 devant la Cour d'appel de Rabat.
Le parquet estime injuste que des ressortissants étrangers bénéficient de peines plus clémentes que des Marocains jugés...
Selon l’avocat, le parquet marocain s’appuie sur un contexte de tension. «L'acharnement du parquet s'explique également par la pression de l'opinion publique locale et de la partie civile, composée de policiers marocains, qui ont révélé l’incapacité de retravailler de certains agents. En première instance, les dommages-intérêts accordés entre 1 000 et 2 000 dirhams (soit entre 65 à 130 mille FCFA) ont été jugés dérisoires par les victimes. Le parquet estime donc qu'il est injuste que des ressortissants étrangers bénéficient de peines plus clémentes que des Marocains jugés pour des faits similaires de violence lors de matchs de football.
Lire plus : https://www.pulse.sn/article/proces-des-17-supporters-senegalais-lattente-se-prolonge-2026012914414419433
Grève de la faim
Le climat s'alourdit également dans les centres de détention. Des rapports font état d'une grève de la faim entamée par les détenus le 6 mars dernier. Bien que les autorités pénitentiaires marocaines aient nuancé ces informations par le passé, le collectif de soutien des familles à Rufisque et Dakar exprime son inquiétude face à la santé physique et mentale des supporters, qui se considèrent désormais comme des «otages» d'un imbroglio juridique. Par ailleurs, en guise de réponse face à l’appel du parquet marocain, côté sénégalais, les avocats comptent plaider la nullité pour éviter l’alourdissement, explique Patrick Kabou.
«Pour la suite de la procédure, le collectif d'avocats compte se focaliser sur les nullités de procédure. Maître Kabou souligne un point crucial : l'article 308 de la loi marocaine exige la présence de l'instigateur des violences. Or, le stadier qui aurait porté les premiers coups n'a jamais comparu à l'audience. En s'appuyant sur ce vice et sur le comportement irréprochable des détenus en prison, la défense espère bloquer toute tentative d'alourdissement des sanctions, malgré la volonté du parquet de faire appliquer une jurisprudence plus sévère», espère l’avocat sénégalais.
Dès ce mercredi, l'ensemble des avocats impliqués dans le dossier se retrouvera au Maroc. Certains membres de l'équipe, qui étaient en déplacement aux États-Unis pour d'autres dossiers, se réorganisent pour assister aux prochaines audiences. Le collectif travaille en étroite collaboration avec les autorités sénégalaises, notamment Madame l'Ambassadeur, pour «assurer un suivi rigoureux de la procédure d'appel et garantir la protection des droits de leurs compatriotes», assure Me Kabou.