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Le Premier ministre Ousmane Sonko a poussé un énorme coup de gueule a frappé un grand coup hier, accusant une partie de l'appareil judiciaire de freiner la reddition des comptes.
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Réuni en Conseil interministériel, le Premier ministre Ousmane Sonko a levé le voile sur l’un des plus grands scandales de gestion publique de ces dernières années : des milliers de milliards de FCfa immobilisés dans des chantiers abandonnés, des infrastructures fantômes, des terrains de l’État cédés dans des conditions troubles et, surtout, aucune véritable sanction judiciaire à ce jour. Face aux ministres, le chef du gouvernement n’a pas masqué sa colère. «Les faits dépassent l’entendement», a-t-il lâché, après la présentation d’un audit explosif portant sur le patrimoine et les infrastructures publiques.

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Un désastre financier de 5.000 milliards FCFA, l’équivalent du budget du Sénégal

Les chiffres donnent le tournis. Selon l’inventaire présenté par la Primature, 245 projets d’infrastructures et actifs stratégiques sont aujourd’hui bloqués, inachevés ou sous-exploités à travers le pays. Le coût global de ce désastre financier dépasse les 5 000 milliards de FCfa, soit pratiquement le budget annuel du Sénégal. Routes, hôpitaux, ports, stades, lycées, bâtiments administratifs, complexes frigorifiques… partout, le même constat : des ouvrages lancés à coups de milliards, mais laissés à l’abandon, parfois depuis plus d’une décennie. «Certains pensent même que ce montant correspond à notre dette publique», a souligné Ousmane Sonko, sidéré par l’ampleur du gâchis.

Sur les 94 chantiers actuellement en cours, 62 sont à l’arrêt

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pool judiciaire financier
pool judiciaire financier

L’audit révèle notamment l’existence de 30 projets entièrement terminés, mais toujours fermés et inutilisés. Parmi eux, 25 sont paralysés par des blocages majeurs, immobilisant à eux seuls 279 milliards de FCfa. Le Premier ministre a cité le cas du Port de Dakhonga, mais aussi des quais de pêche et des infrastructures de conservation frigorifique construites à prix d’or… sans jamais profiter aux populations.

«C’est du gaspillage pur et simple», a-t-il dénoncé. Autre scandale : sur les 94 chantiers actuellement en cours dans le pays, 62 sont pratiquement à l’arrêt. Des projets qui engloutissent plus de 5 227 milliards de FCfa. Le cas du lycée de Sandiara a particulièrement choqué le chef du gouvernement : démarré en 2014, le chantier n’est toujours pas achevé. «Douze ans pour construire un lycée ! C’est une aberration», s’est-il étranglé de rage.

Des terrains de l'Etat coûtant 15 milliards vendus pour moins d’un milliard

Mais le volet foncier du rapport a visiblement fini d’exaspérer le Premier ministre. L’État a recensé 97 biens immobiliers et fonciers, dont l’écrasante majorité dans la région de Dakar. Valeur estimée : 132 milliards de FCfa. Selon Ousmane Sonko, plusieurs terrains publics stratégiques ont été «bradés» sous l’ancien régime, parfois sans même respecter les procédures légales ou obtenir l’autorisation de l’Assemblée nationale. Depuis la Primature, il a pointé du doigt l’ancien site du quartier général de la gendarmerie, déjà cédé à un privé avant d’être récupéré par l’État. «Des terrains valant 10 ou 15 milliards ont été cédés à moins d’un milliard», a-t-il fulminé. Le gouvernement affirme avoir déjà récupéré plusieurs biens «volatilisés» du patrimoine national.

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«Le système est est toujours là, intact»

Justice
Justice

Mais c’est lorsqu’il a abordé le traitement judiciaire des dossiers que le Premier ministre a laissé éclater toute sa frustration. Interpellant directement la ministre de la Justice Yassine Fall, Sonko a dénoncé l’absence de poursuites, malgré les milliards dilapidés. «Moi, parfois, j’ai des doutes. Je me demande même si cela vaut la peine de continuer», a-t-il lancé devant un auditoire médusé. Puis le coup de tonnerre : «Dans ce pays, vous pouvez faire n’importe quoi et être bien protégés. Le système est intact.» Le chef du gouvernement dit ne plus comprendre pourquoi aucun responsable n’a encore été inquiété, alors que, selon lui, des fortunes publiques ont été englouties. «On ne peut pas continuer à demander des sacrifices aux Sénégalais pendant que ceux qui ont pillé les milliards se promènent tranquillement», a-t-il martelé, repris par L'OBS.

"Les fautifs répondront de leurs actes"

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Très remonté, Ousmane Sonko a même évoqué l’existence d’un «sabotage judiciaire», accusant implicitement certains magistrats de bloquer des dossiers sensibles. «Les dossiers n’appartiennent pas aux magistrats. Ils appartiennent au peuple sénégalais», a-t-il insisté, avant de menacer de «hausser le ton» dans les prochains jours. Face à cette charge frontale, Yassine Fall a tenté de rassurer, promettant que les personnes reconnues fautives «répondront de leurs actes».

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