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Le boulanger malien I. Maïga répondait des accusations de viol, pédophilie et séquestration sur la jeune D. Sabaly, une adolescente de 12 ans souffrant de troubles psychiatriques. Récit d'un procès digne d'un film d’épouvante.
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En décembre 2021, la banlieue dakaroise s’est réveillée avec le cœur au bord des lèvres. La presse de l’époque relatait l’insoutenable : une fillette de 12 ans, vulnérable et suivie au service psychiatrique de l'hôpital de Fann, retrouvée au milieu de la nuit, ligotée comme une bête, dans un poulailler de fortune. Ce mardi-là, la petite D. Sabaly était sortie acheter des condiments pour le repas familial. Elle ne reviendra pas. Inquiète, sa mère, F. Maïga, remue ciel et terre, de 17H à 01H du matin. C’est un enfant du quartier qui lâche l’indice crucial : la petite a été vue pour la dernière fois près du studio d'I. Maïga, un boulanger de 35 ans, employé par son frère à Fass Mbao.

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fillette viol
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Lorsque la famille et le délégué de quartier débarquent chez lui, l’homme est trouvé attablé, picolant son alcool. Avant même qu’on ne lui pose la moindre question, sa conscience le trahit. «Qu'y a-t-il ? Je n'ai pas vu D. Sabaly», lance-t-il, les yeux exorbités. La fouille de la concession, une ancienne école coranique transformée en taudis de location, révélera l'horreur. Dans un poulailler désaffecté, sombre et glauque, gît la gamine. Inconsciente, bâillonnée, les membres solidement ligotés, son corps est recouvert d'un liquide blanc et gluant. Le rapport gynécologique qui suivra sera sans appel : l’hymen de la petite a été fraîchement déchiré.

Cinq ans après l’horreur, le procès s’est tenu. À la barre, hier mercredi, I. Maïga a tenté de revêtir les habits de l’innocent persécuté. Physique de déménageur à la longue barbe, débit mesuré, il nie tout en bloc. S'il reconnaît que la victime fréquentait la concession, c’était, selon lui, pour voir sa copine ou pour badiner avec un de ses collègues boulangers qui la surnommait affectueusement «ma femme». «Elle est venue d'elle-même le matin dans ma chambre, nous avons pris le petit-déjeuner ensemble. Je lui ai dit que j'avais deux épouses au Mali, elle m'a répondu : "C'est pour cela que tu ne m'aimes pas ?"», ose soutenir l’accusé pour esquisser une idylle consentie.

Une version qui s'effondre lorsque le président du tribunal lui rappelle ses propres déclarations à l’enquête, mais surtout le climat de violence qui a entouré sa capture. Ce soir-là, acculé par la foule et le frère de la victime, Maïga avait sorti deux couteaux pour menacer les riverains venus extirper la petite de son trou, avant que la police de Diamaguène/Sicap-Mbao ne vienne le soustraire au lynchage.

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Les révélations de la victime

Aujourd'hui âgée de 17 ans, le physique frêle, mais la voix tremblante de dignité, D. Sabaly s’est avancée pour faire face à son bourreau. Elle se souvient de ce jour fatidique comme d'un gouffre noir. Alors qu’elle rentrait chez elle, le boulanger l’intercepte dans les escaliers sous prétexte de lui faire acheter du café. Une fois dans l'antre, le piège se referme. I. Maïga brandit un couteau et lui intime l’ordre de boire un «liquide mystérieux». «J'ai sombré dans le vide. Au réveil, j'étais dans un endroit sombre, tout le corps endolori, incapable de bouger ou de crier», souffle la jeune fille. Elle confirme les viols répétés, les menaces de mort et ce sentiment d’épouvante gravé à jamais dans sa chair.

Sa mère, F Maïga, en larmes, confirme la fragilité mentale de sa fille, faisant de cet acte une double monstruosité. Le délégué de quartier, 70 ans, est venu apporter son témoignage de notable. S'il nuance l'épisode des liens de corde, il maintient l’état de dégradation absolue dans lequel se trouvait l’enfant : «Nous l’avons trouvée dans une pièce abandonnée, dans un piteux état, digne d’une bête isolée et maltraitée.» Pour Me Fatou Sarr, avocate de la partie civile, le dossier brille d'une clarté effroyable.

Un homme mûr qui jette son dévolu sur une enfant de 12 ans, déficiente mentale, la séquestre et abuse d'elle. Elle réclame la somme de 10 millions de FCfa en guise de dommages et intérêts. Le Maître des poursuites, quant à lui, n'a pas eu la main tremblante. Retraçant la chronologie du drame et s’appuyant sur l’ordonnance de renvoi, le Procureur a fustigé la matérialité des faits de viol, de pédophilie et de séquestration. Pour lui, I. Maïga a sciemment profité de la vulnérabilité de la gamine pour assouvir sa libido avant de la cacher pour éviter le scandale. Il a requis 20 ans de réclusion criminelle.

pédophilie viol
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La défense, portée par Me Ndiogou Ndiaye, a tenté une mission presque impossible : instiller le doute là où tout accuse. L’avocat a pointé du doigt l’absence de relevés d'empreintes ou de tests ADN dans cette affaire. «Mon client n'a pas été surpris en train de violer la fillette. Rien de compromettant n'a été trouvé directement dans sa propre chambre», a-t-il plaidé, invoquant une possible machination ou un quiproquo. Évoquant les cinq années de détention préventive déjà subies par l'accusé dans un «milieu hostile», l'avocat a sollicité, à défaut d'une relaxe au bénéfice du doute, une application extrêmement bienveillante de la loi. Le sort d’I. Maïga est désormais entre les mains des juges. Le délibéré a été fixé au 4 août prochain.

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