Sénégal : La tentation du diable… [Opinion du Contributeur]

Docteur Babacar Niang de Suma Assistance libéré. C'est l'étau qui se desserre autour d'un médecin rebelle.

Le chef de l’opposition sénégalaise, Ousmane Sonko, sur le toit d’une voiture après son audience au tribunal à Dakar, le 16 février 2023. © ZOHRA BENSEMRA/REUTERS

La manière rocambolesque dont il a été arrêté, montre à suffisance qu’on voulait en finir avec celui qui a « osé » accueillir Ousmane Sonko dans sa célèbre clinique. « Il a été transféré de Saint-Louis à Dakar, soit 265 km de route, les menottes aux poignets », fustige Seydi Gassama d'Amnesty international qui rapporte les confidences d'un avocat. Une cruauté inutile. Mais l'Etat sait bien reculer même si c'est souvent pour mieux sauter. La mobilisation et la stratégie intelligente des syndicats et organisations du secteur de la santé ont été d'une telle efficacité. Une grève des médecins et autres soignants serait catastrophique pour les Sénégalais et pour un régime de plus en plus chahuté.

Le Syndicat Autonome des Agents des Impôts et des Domaines (SAID) a aussi mis la pression pour la libération de Waly Diouf Bodian, un des leurs. La cherté de la vie, les manques de toutes sortes combinés à une crise politico-sociale aigüe peuvent être fatals au pouvoir actuel. Des éléments qui pourraient constituer une aubaine pour une opposition acculée.

Déjà, dans sa palette de stratégies contre le régime, Ousmane Sonko sort le substantif « désobéissance civile ». Elle peut se définir comme le fait de refuser de manière assumée et publique d’obéir à une loi, un règlement ou un pouvoir jugé injuste. Une sorte de grève générale qui doit impérativement avoir des répercussions réelles sur le vécu d'un pays quand elle est réussie. Le leader de Pastef veut ainsi poursuivre sa « résistance » déclamée et appliquée depuis notamment février-mars 2021. Cette fois-ci, elle ne sera pas un combat de rue. Elle sera une « forme de résistance sans violence ». Mais l’équation d’une telle entreprise c’est sa complexité.

Pour la réussir, il faudrait du tact, une capacité de persuasion réelle pour une mobilisation autour d’une cause. Car, commettre une infraction de manière consciente et intentionnelle, la réaliser collectivement, de manière pacifique, en accepter « les éventualités d’une sanction », n’est pas une mince affaire. Il faudrait qu’il soit pédagogue pour expliquer comment les futures actions font d’abord appel à des « principes supérieurs » pour « légitimiser » une débauche d’énergie commune… Le pouvoir pourrait lui faciliter la tâche. Les arrestations ciblées jusque dans les rangs des médecins et des enseignants sont des actes qui arrosent la colère qui gronde déjà.

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La coalition Yewwi Askan wi compte encore manifester après les secousses du 16 mars dernier à la veille et après le procès en diffamation du 30 mars 2023 opposant Mame Mbaye Niang à Sonko. Des pas de géants vers des échauffourées, vers d’autres drames.

Les dispositions particulières prises, les mesures de persuasion exhibées, n’ont pas été suffisantes pour éviter les maux, les dégâts énormes notamment à Dakar. Le 16 mars dernier, les forces de l’ordre n’ont pas pu freiner la détermination des jeunes sortis pour défendre une cause à coté d’autres qui ont un sinistre agenda de casseurs et de voleurs. Des maux infligés à des Sénégalais qui ont souffert d’une crise qui perdure. A des privés qui ont vu leurs biens saccagés. Ce serait une grave erreur pour le pouvoir de penser que les arrestations des membres de Pastef constituent une solution pour en finir avec les contestations.

En mars 2021, beaucoup de leaders de ce parti étaient emprisonnés. Ce qui n'a pas empêché des manifestations d'une ampleur plus grande que celles de Mai 68 (Bathily le confirme dans ses Mémoires). Les choses sont loin d'être simples. La vraie décapitation de Pastef serait l'arrestation de Sonko. Une arrestation bien possible mais lourde de toutes les conséquences dans la mesure où tous les frustrés bien au-delà de Pastef trouveraient ainsi un slogan, un déclic pour mieux articuler la "lutte". Macky et les siens en sont peut-être conscients même si la tentation du diable est tellement forte. Sall pense à une troisième candidature de trop.

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