L’islam poussent-il certains footballeurs à choisir l’Arabie saoudite ?

Si les salaires mirobolants attirent de grands footballeurs dans le royaume du Golfe, la foi islamique et la compétitivité du championnat sont d’autres facteurs.

Karim Benzema. Source : The Sun

Même si le football est parfois comparé à une religion, il n’est pas fréquent que la théologie joue un rôle clé dans des transferts lucratifs au plus haut niveau.

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Cela semble pourtant avoir fait partie de l’équation pour Karim Benzema, l’actuel détenteur Ballon d’Or, récompense individuelle suprême pour les footballeurs, qui s’est engagé début juin avec le club saoudien d’Al-Ittihad.

Première grande star à rejoindre le pays du Golfe durant ce mercato d’été, l’attaquant français suit ainsi les traces de son ancien coéquipier au Real Madrid, Cristiano Ronaldo.

Ce changement de club s’inscrit dans le contexte d’une récente vague de rumeurs de transfert liant des joueurs de premier plan à des clubs de Saudi Pro League, ainsi que d’une injection de fonds émanant du Fonds public d’investissement, le fonds souverain du royaume (PIF).

Les salaires colossaux sont évidemment un élément déterminant, mais pour certains joueurs, comme Karim Benzema, la religion joue également un rôle.

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En marge de sa présentation officielle, le buteur a été interrogé quant aux raisons qui l’ont incité à choisir le royaume du Golfe : « Je suis musulman, c’est un pays musulman et c’est là que j’ai envie d’être », a-t-il souligné.

Il a fait part de l’enthousiasme de sa famille à l’idée de s’installer en Arabie saoudite, où se trouvent les deux sites les plus sacrés de l’islam, La Mecque et Médine. Il a également confié avoir déjà effectué deux fois le pèlerinage religieux de la oumra dans le pays.

« [Ce transfert] va me permettre d’avoir une nouvelle vie […]. J’ai envie de parler couramment la langue arabe », a ajouté l’attaquant d’origine algérienne. « J’ai la chance d’être en Arabie saoudite, il y a La Mecque qui est toute proche, donc comme je suis un croyant, c’est important pour moi. […] C’est là [que] je vais me sentir le mieux et je suis à ma place. »

Karim Benzema a quitté le Real Madrid après avoir remporté 24 trophées, dont cinq Ligues des champions, et avec le statut de deuxième meilleur buteur de l’histoire du club espagnol derrière Cristiano Ronaldo.

Une autre superstar française collectionnant les titres prestigieux, N’Golo Kanté, s’apprête à rejoindre son compatriote à Al-Ittihad. Le milieu de terrain actuellement lié à Chelsea jeûne régulièrement pendant le mois du Ramadan et a lui aussi accompli la oumra.

D’autres footballeurs musulmans, tels que Riyad Mahrez (Manchester City), Hakim Ziyech (Chelsea) et Yassine Bounou (FC Séville) ont également été associés à des transferts vers le royaume.

« Pour certains joueurs musulmans qui arrivent au crépuscule de leur carrière et qui ont peut-être avec eux une jeune famille, l’opportunité de vivre dans une nation musulmane représente un attrait », explique à Middle East Eye Mostafa Mohamed, journaliste égyptien spécialisé dans le sport et l’économie.

Le journaliste indique que le choix de Karim Benzema de souligner l’importance de sa foi « est bien perçu par le public du pays et de la région qui l’accueillent, ainsi que par ses fans en Europe ».

La Coupe du monde organisée au Qatar l’an dernier, la première dans un pays musulman, a été saluée par les supporters musulmans comme un modèle de compétition au plus haut niveau dans un environnement avec de nombreux espaces pour prier, une faible consommation d’alcool et une exposition complète de l’histoire et de la culture islamiques.

Mais au-delà de la foi, Mostafa Mohamed identifie de nombreux autres facteurs qui entrent en ligne de compte.

« En fin de compte, au même titre que les non-musulmans, ces footballeurs sont naturellement compétitifs et veulent jouer au plus haut niveau, avec les meilleurs joueurs, et gagner le plus d’argent possible. »

« Il est certain que des joueurs comme Karim Benzema et N’Golo Kanté peuvent trouver la transition vers l’Arabie saoudite plus facile en raison des liens religieux et culturels qu’elle offre, mais je ne m’attends pas à ce que ce soit un facteur significatif dans le recrutement de talents internationaux », affirme-t-il à Middle East Eye.

« Ce qui prime en définitive, c’est d’amener des talents de haut niveau et des joueurs mondialement reconnus qui ont marqué le football de leur empreinte dans les plus grandes compétitions du monde. »

Selon les informations relayées, Karim Benzema empochera 200 millions d’euros sur deux ans, tandis que N’Golo Kanté devrait toucher environ 100 millions d’euros sur deux ans.

Pour de nombreux joueurs, l’argent sera l’élément clé, les clubs européens n’étant pas en mesure de rivaliser avec les montants faramineux proposés par les Saoudiens.

« Le championnat saoudien offre des salaires sans précédent à des joueurs qui ont encore théoriquement quelques années devant eux au plus haut niveau », souligne Abdullah al-Arian.

« Ce faisant, il vise à les arracher à leur club actuel quelques années avant qu’un tel transfert ne soit considéré comme le dernier chapitre “naturel” de leur carrière. »

Si les Saoudiens ne sont pas les premiers à tenter d’attirer des joueurs du Big Five européen (Angleterre, Espagne, Allemagne, Italie et France) avec des salaires mirobolants, leur offensive semble être d’une autre ampleur.

« Ce qui se passe actuellement en Arabie saoudite est différent et sans précédent », constate Mostafa Mohamed. « Le niveau d’investissement est d’un tout autre ordre de grandeur et, avec le soutien du régime saoudien, ce bouleversement sera plus durable que les précédentes acquisitions de joueurs de premier plan en Chine, en Russie ou aux États-Unis. »

Le journaliste fait allusion à l’acquisition récente par le PIF de parts majoritaires dans les quatre clubs majeurs du championnat, à savoir Al-Nassr, Al-Hilal, Al-Ittihad et Al-Ahli.

Le fonds souverain, qui possède déjà Newcastle United en Angleterre, est également devenu ce mois-ci le principal investisseur d’un circuit de golf ayant fait l’objet d’une fusion controversée.

Le financement par le fonds souverain de clubs et d’événements sportifs s’inscrit dans la stratégie Vision 2030 de l’Arabie saoudite, qui vise à diversifier l’économie en la rendant moins dépendante du pétrole.

Ces derniers jours, des responsables du PIF participent activement à des négociations avec des footballeurs intéressés par un transfert en Arabie Saoudite, souvent au nom de plusieurs clubs.

« En centralisant le contrôle des clubs les plus importants, le PIF peut superviser les milliards de dollars nouvellement investis », observe Abdullah al-Arian. Il peut coordonner la répartition des joueurs stars entre les différentes formations et maximiser l’équilibre compétitif d’une manière qui réponde aux besoins du championnat, ce dernier cherchant à défier l’hégémonie des compétitions d’élite européennes.

Pour les footballeurs arrivant d’Europe, cette compétitivité et cette rivalité entre les équipes peuvent rendre la Saudi Pro League plus attrayante que d’autres championnats connus pour leurs salaires généreux mais dénués de culture football significative.

L’Arabie saoudite n’a pas attendu l’arrivée de superstars mondiales pour nourrir une obsession pour le football, avec des rivalités célèbres comme celle entre Al-Nassr et Al-Hilal. Les clubs du royaume sont également très performants à l’échelle continentale.

« La Saudi Pro League est en réalité très compétitive et relativement bien établie dans la région, indique Mostafa Mohamed. Elle est très bien classée parmi les championnats asiatiques, sans doute seulement derrière […] le Japon et la Corée du Sud. »

Al-Hilal est la formation la plus titrée en Ligue des champions asiatique, tandis que l’équipe nationale saoudienne a participé à six Coupes du monde. Sa dernière participation, l’an dernier, a été marquée par une victoire mémorable contre l’Argentine, future vainqueure du Mondial.

Ces contrats extrêmement lucratifs offerts à des stars internationales sont en réalité un tournant pour le sport le plus regardé en Arabie saoudite.

« D’une certaine manière, cela marque un changement majeur pour le football saoudien », estime Abdullah al-Arian. « [Il] a une histoire riche et mouvementée et a grandi de façon régulière, en grande partie grâce à l’investissement dans les talents nationaux et à l’élargissement de la base de supporters via l’accent mis sur le développement de clubs communautaires. »

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