Sanctions des USA : le compte Wave du Sénégalais, procureur adjoint de la CPI, bloqué
Pour avoir engagé des poursuites contre les dirigeants israéliens, et des enquêtes en Afghanistan sur de potentiels crimes de guerre commis par des soldats américains, des Procureurs et Juges de la Cour pénale internationale (Cpi), parmi lesquels le Sénégalais Mame Mandiaye Niang, font l’objet de sanctions de la part des Etats-Unis. Dans un entretien avec L'OBS, le Procureur adjoint de la Cpi depuis 2021, Mame Mandiaye Niang raconte le calvaire vécu, tout en affirmant sa détermination à poursuivre son combat pour la Justice.
Il explique le contexte dans lequel les sanctions ont été décidées par les autorités américaines. « Ce sont les trois Procureurs, dont moi-même, et huit Juges de la Cour, qui faisons l’objet des mesures de représailles unilatérales décidées par les États-Unis. Ces mesures ont été prises de façon graduelle à partir de février 2025, quelques jours seulement après l’entrée en fonction du Président Trump. Elles ont commencé par le Procureur en chef, Karim Khan, qui, peu de temps après, a dû quitter ses fonctions, le temps de l’enquête concernant des allégations d’abus sexuels sur l’une de ses assistantes. »
Il ajoute : « Avec cette mise à l’écart, ma collègue Nazhat Shameem et moi devenions les seuls visages du bureau du Procureur, avec l’autorité exclusive pour orienter la politique des poursuites. Il était, dès lors, prévisible que les pressions tombent sur nous dans le but clair d’infléchir nos positions. Les Etats-Unis, d’abord à travers un groupe de parlementaires, puis l’Exécutif, dès l’élection de Trump, ont demandé, ni plus ni moins, l’arrêt immédiat des poursuites contre les dirigeants israéliens et la clôture totale des enquêtes ouvertes en Afghanistan, enquêtes dont un volet concerne de potentiels crimes de guerre commis par des soldats américains. »
Il poursuit : « La vérité est qu’il s’agit de mesures de rétorsion unilatérales décidées par les autorités américaines sur la seule base de leur législation nationale. Ces mesures peuvent procéder d’une loi ou d’un décret du Président des Etats-Unis. C’est ce dernier qui a été utilisé dans notre cas. Ces mesures trouvent leur justification dans la défense des intérêts des Etats-Unis contre des actes jugés hostiles. Ces sanctions qui ne peuvent être dirigées que contre des étrangers, visent d’abord le refus d’accès sur le sol américain ; ce refus s’étend aussi aux proches comme le conjoint et les enfants. Elles visent aussi le gel de tout avoir sur le sol américain ou entre les mains d’une personne ou institution américaine, y compris à l’étranger."
Il rembobine : « Pour la petite histoire, quand mon compte Wave au Sénégal a été bloqué suite aux sanctions, ils m’ont dit être obligés de faire la rétention des sommes que j’avais dans mon compte. Ce n’étaient pas d’importantes sommes heureusement, même si ça reste choquant de se voir sanctionné dans son propre pays ! Outre ces mesures directes, il est interdit à toute personne ou institution américaine, sous peine d’amende et/ou d’emprisonnement, d’entretenir une quelconque transaction ou de prodiguer un quelconque service à la personne visée. »