La dérision face aux accusations

Ainsi, beaucoup de partisans d'Ousmane Sonko n'ont pas voulu pleurer ni même s'insurger brutalement contre les dernières accusations selon lesquelles leur leader aurait reçu un financement qatari pour la campagne présidentielle à venir. Ils en rigolent.

Des militants du Pastef soutiennent candidat Ousmane Sonko lors d’un rassemblement à Dakar, le 20 février 2019, en prévision du premier tour de l’élection présidentielle prévu le 24 février 2019. Activists of Senegalese Pastef (Patriotes du Senegal pour le Travail,

Ils ont opté pour la dérision qui est définie par le Petit Robert comme un « mépris qui incite à rire, à se moquer ». Elle est selon Le Larousse, une « moquerie dédaigneuse, une raillerie mêlée de mépris. Du sarcasme ». Elle s'apparente à de l’ironie qui signifie « la manière de se moquer en disant le contraire de ce qu’on veut faire entendre ».

Il est donc clair que de nombreux sympathisants du leader de Pastef ne donnent pas de l’importance aux « charges » vagues qui prennent leur source d’un petit article paru en juin dernier dans le journal français « Canard enchaîné » spécialisé en dérision.

Un papier riche en conditionnel qui cite une source anonyme, un « diplomate marocain » non identifié. Le Canard, selon qui, Sonko qui « se réclame d’un islam local mouride, est partisan de la peine de mort et de la criminalisation de l’homosexualité. Ce qui lui vaut entre autres l’appui de des Frères musulmans ». Et l’argent de ces « Frères » aurait « inondé le Sénégal » pour « convaincre les mourides de soutenir Ousmane Sonko».

Le texte est d’une légèreté effroyable. Sans références, sans un début de preuves, aucune source. Pire, il y a des amalgames qui sautent à l’œil. Soutenir de manière si désinvolte que de l’argent a été remis aux « mourides », « partisans d’un islam local », pour soutenir un homme politique relève soit de l’ignorance soit de la mauvaise foi. C’est complètement se méprendre des réalités sénégalaises, de sa sociologie politique, de sa sociologie tout court. C’est avoir une analyse bancale de la politique chez nous. Ici, le ndigël est passé de mode.

Les Khalifes généraux véritables leaders des confréries religieuses sont conscients d’une telle donne. Le dernier ndigël chez les Mourides remonte à 1988 lors de la présidentielle. C’était en faveur d’Abdou Diouf le président sortant et au détriment de l’opposant numéro 1 d’alors Abdoulaye Wade. Une consigne de vote qui avait fait des vagues.

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Depuis, les attitudes vis-à-vis des pouvoirs respectifs et des élections ont beaucoup évolué. Les soutiens ne sont plus tranchés même si on a assisté ici et là à l’intervention d’ autorités religieuses de moindre importance qui affichent leur sympathie au camp du pouvoir ou de l’opposition. Ce qui n’engage guère les grandes communautés respectives et leurs édits.

Prolongations alambiquées

En plus, les prolongations de l’article sont beaucoup plus invraisemblables. Madiambale Diagne qui prend la balle du « Canard » tardivement au rebond, cite abondamment le député Matar Diop et ajoute que Sonko chercherait un soutien du

président pour protéger sa famille qui ferait l’objet de menaces des «donneurs ». Cheikh Yérim Seck sort un chiffre de 12 milliards de Fcfa qui auraient transité du Qatar à Dakar. Ceux qui soutiennent l’impossibilité d’une telle transaction ont mille raisons de douter. Et les accusateurs ne font rien pour convaincre. Le député indique clairement qu’il ne va pas révéler ses sources. Les journalistes se perdent dans leurs conjectures. Ce qui donne à l’affaire des airs de règlements de comptes et d’une volonté ferme d’enfoncer davantage un opposant déjà en mauvaise posture en prison.

Ce qui devait être de la tragédie pour Ousmane Sonko, vire ainsi à la comédie. Tout ce qui est excessif est insignifiant, dit-on. Les soutiens du leader de l’opposition sénégalaise semblent faire de cette assertion leur repère. Les « challenges » sur les réseaux sociaux consistant à porter des accoutrements aux « couleurs qataries », illustrent un état d’esprit et une nouvelle stratégie de lutte et d’approche.

L’heure n’est plus à la confrontation violente sur les réseaux sociaux et dans les médias classiques. Le temps est à l’humour qui est une manière de dédramatiser certaines situations. C’est un moyen de résistance pour dénoncer les abus en cours. « La dérision en toutes choses est l’ultime défi au malheur », affirme l’artiste Sébastien Japrisot. Manifestement ici, on a bien vu cette lumière.

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