Condamné pour meurtre à tort, un chef d'entreprise innocenté après 5 ans de prison

Condamné injustement pour meurtre sur la base d'un témoignage, L.S.S., un ex-détenu de la Maison d’arrêt et de correction de Koutal. a été innocenté après cinq ans de détention. Le chef d'entreprise revient sur son emprisonnement et sa peine purgée dans un cas d'erreur judiciaire.

Mac-de-Koutal-

L'attente d'une vie. L. S. S. condamné pour meurtre de Christian Luvini, d’origine étrangère, survenu en 2018, il a retrouvé la liberté en mai dernier après cinq ans passés derrière les barreaux de la prison de Koutal. Dans une lettre, il revient sur son incarcération illégale, la justice sénégalaise, son passé d’entrepreneur et sa reconstruction quasi impossible puisqu’il garde les séquelles de cet épisode douloureux de sa vie.

"Bonjour, Je m’appelle L. S. S. Je suis né le 3 mars de mon année de naissance à Dakar. Célibataire et père d’un enfant. Chef d’entreprise. Il y a 5 ans de cela, soit le 25 avril 2018, j’ai été accusé d’association de malfaiteurs, vol en réunion commis la nuit avec violences, usage d’armes et de véhicule et complicité de meurtre sur la personne de M. Christian Luvini, un citoyen Franco-suisse qui résidait au Sénégal. Les faits se sont déroulés à Ndangane Campement, arrondissement de Fimela, région de Fatick, la nuit du 12 au 13 Avril 2018.

Convoqué par la gendarmerie de Fimela en l’occurrence par le Commandant de brigade, feu Thierno Mbaye, adjudant-chef, le 25 avril 2018, j’ai été auditionné par les enquêteurs de la Section de recherches dirigée par le Lieutenant Diouck à l’époque, maintenant devenu Capitaine. Au bout des auditions, j’ai été placé sous mandat de dépôt par le Juge d’instruction du 1er cabinet du Tribunal de grande instance de Fatick, M. Papa Mourate Wade, à la Maison d’arrêt et de correction (MAC) de Fatick.

Son accusatrice a reconnu qu’elle avait menti...

Après 3 trois ans de détention préventive, j’ai été renvoyé devant la chambre criminelle du TGI de Fatick le 28 janvier 2021 dont le président était le juge Bodian. Au sortir de l’audience, la chambre me condamne à la réclusion criminelle à perpétuité avec une amende de 200 millions à payer à la partie civile, mes supposés acolytes et moi.

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Dès le lendemain, je fus transféré au Camp pénal de Koutal pour y purger ma peine en attendant mon appel introduit par mes avocats pour contester le verdict du TGI de Fatick, car non seulement j’étais innocent mais je refusais d’être l’agneau du sacrifice étant entendu que l’Etat du Sénégal devait donner quelque chose à la chancellerie qui leur mettait la pression vu que Christian Luvini était un citoyen français et Suisse.

La même année, soit le 13 juillet 2021, je suis jugé à nouveau par la Cour d’appel de Kaolack. Devant tout le monde, mon accusatrice, C. S., reconnaissait devant la Cour, ses parents, les miens, et toute la salle qu’elle avait menti et ça depuis le début et sur toute la ligne. Seulement, avec ce témoignage, on s’attendait à ce que la Cour statue le même jour mais malheureusement elle renvoie pour délibéré. Après 2 renvois, à la surprise générale, la Cour d’appel de Kaolack confirme le jugement rendu par le TGI de Fatick, le 14 décembre 2021. Je devais donc retourner en prison, au Camp pénal de Koutal.

Mais je ne voulais point me résigner et me laisser avoir car il n’était pas question que je paie pour une faute que je n’avais pas commise. J’introduis alors un pourvoi en cassation la semaine suivante dans la foulée de la confirmation de la peine par la Cour d’appel de Kaolack.

La requête introduite devant la Cour suprême fut acceptée et traitée le 15 septembre 2022. La Cour suprême renvoie pour délibéré en décembre 2022. A la satisfaction de tous, la Cour suprême dit enfin le droit et l’arrêt de la Cour d’appel de Kaolack fut cassé, annulé et renvoyé devant la Cour d’appel de Thiès pour y être statué à nouveau.

Le 18 février 2023, je fus encore une fois transféré de Koutal à Thiès pour y être jugé à nouveau ; donc pour un 4e procès. Le 24 mai 2023, je fus rejugé par la Cour d’appel de Thiès qui au bout de l’audience finit par m’acquitter et me rendre ma liberté, après 5 ans et 01 mois de détention.

"Un mois après l'élection de Macky Sall en 2012, j’ai démissionné d’un bon poste avec un bon salaire pour..."

En résumé, qu’est ce qui me motive à écrire ? Je suis un citoyen Sénégalais, jeune, et qui a tout donné pour ce Sénégal. Je peux être fier d’avoir en 2012, quand il y a eu la première alternance générationnelle, avec l’arrivée du président Macky Sall au pouvoir, d’avoir cru en son discours ‘’Yakkar et Servir’’. Un mois après son élection, j’ai démissionné d’un bon poste avec un bon salaire pour me lancer dans l’entreprenariat. J’ai créé une société de droit sénégalais 2S.ICE pour employer et former des jeunes. Je contribuais à l’économie avec toutes les difficultés que l’on connaît (charges fixes).

J’ai vécu des épreuves douloureuses car mon lieu de travail a été cambriolé et mes outils de travail emportés. Néanmoins, je n’ai point baissé les bras, j’ai continué, courage en bandoulière. J’ai quitté Dakar pour le delta du Saloum, terre ancestrale.

J’ai recommencé avec la même détermination et le même courage et j’y ai réalisé beaucoup de choses de manière palpable et surtout de manière bénévole. J’ai énormément contribué à rendre visible cette partie qui souffrait de visibilité. Je peux affirmer que si le Saloum aujourd’hui fait objet de convoitise, j’en suis l’un des pivots centraux. Que dire de la route de Ndangane Campement ? Si elle a pu voir le jour, c’est grâce à mon initiative.

J’ai de manière bénévole parcouru les îles, j’y ai installé des salles informatiques dans différentes écoles. Dans différents villages : de Niodior à Dionewar, en passant par Diogane. J’ai formé des élèves et plus de 500 des enseignants et même des jeunes villageois de manière bénévole, avec des partenaires et j’ai fait le suivi de ces salles informatiques.

A cela s’ajoute mon engagement pour les communautés, surtout pour les jeunes et les enfants. Les élèves et étudiants de Ndangane peuvent en témoigner. J’ai pu de par mon dynamisme influencer beaucoup de jeunes à croire au travail, à la dignité, à l’honnêteté et à l’entreprenariat.

"Je demande réparation’’

Seulement, j’ai tout perdu aujourd’hui. En me faisant à l’époque l’agneau du sacrifice pour le bon vouloir des perroquets et satisfaire le maître blanc, l’Etat du Sénégal a sacrifié un jeune qui n’a eu qu’un seul tort, c’est croire en son pays et en sa Justice.

A travers cette histoire, j’ai perdu non pas 5 ans mais 40 ans, car me voilà certes acquitté, mais rien pour me permettre de me reconstruire ; alors que je travaillais être à l’abri du besoin et du vice. Pour preuve, le jour de ma convocation, le 25 avril 2018 à 14h, j’étais dans mon bureau en train de travailler. Mais, j’aimerai juste poser cette question : Combien sont-ils en prison alors que leur culpabilité n’est pas prouvée ?

C’est pourquoi, j’écris à titre de mémoire. Je prends le peuple Sénégalais à témoin afin que nul n’ignore que moi L. S. S. j’étais innocent, je le suis toujours et je vais le demeurer, de même mes co-accusés, El. B. D et M. P. F, à l’exception de C. S, cette fille que j’ai aidée et qui malgré tout a accepté, j’en ignore les raisons, de s’allier avec des comploteurs pour m’accuser dans une affaire dont elle-même n’a été que marionnette.

A l’Etat du Sénégal, à travers quelques démembrements de sa Justice, seuls responsables de mon sort, je demande réparation. Vous nous avez pris moi et mes co-accusés, 21 ans de nos vies en nous privant de liberté. Mais bien plus encore. Nous étions 05 alors que la Justice savait bel et bien que nous étions innocents car accusés sans absolument aucune preuve. Pire, nous n’étions même pas sur les lieux le jour des faits et aucune liaison n’avait pu être établie entre nous, les accusés. Les perquisitions menées dans nos domiciles respectifs n’avaient rien donné, les réquisitions de la Sonatel encore moins et le mensonge à rétropédalage ne nécessitait point de longues études pour le comprendre.

Aujourd’hui, six mois après, je ne baisse point les bras même si le mal est profond et mérite l’abandon.

Pour terminer, je remercie, l’infatigable de par son engagement, un bienfaiteur Sénégalais dont je ne citerai pas pour l’instant, le Khalife Général des mourides, Serigne Mountakha Mbacke Bassirou, son épouse Sokhna Baly Mountakha ibn Serigne Souhaibou, longue vie à eux, Me Madicke Niang, mon oncle, mes avocats : Mes Assane Dioma Ndiaye, Joseph Étienne Ndione, Abdourahmane So Lénine, Malick Fall, Antoine Mbengue, Bamba Cisse, Khadim Cisse, Bamba Sylla, Khadim Kebe, Ousmane Thiam, entre autres, sans qui je resterai toujours en prison."

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