Violences conjugales : le quotidien traumatisant des victimes (reportage)

Beaucoup de femmes sont victimes de violences conjugales dans leur ménage. La plupart d’entre elles préfèrent rester dans le mariage malgré les humiliations qu’elles subissent d'après une enquête de Seneweb.

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Entre le mari qui insulte et frappe et la belle famille qui complote et maltraite psychologiquement la femme, celle-ci finit par perdre goût à la vie. Mais dans ce cercle de femmes battues, certaines partent à temps et d’autres restent souffrant en silence.

La semaine passée, dans un immeuble de la banlieue dakaroise, vers les coups de 07 heures, les habitants sont réveillés par des cris. Alertés, ils courent tous et se rassemblent au deuxième étage devant l’appartement d’un couple. Les voisins se sont mis à frapper à la porte mais l’homme, occupé à battre sa femme, refuse d’ouvrir.

Ils sont alors obligés de défoncer le portail pour venir en aide à la dame qui était dans un état déplorable. Alors que les voisins prennent soin de la victime, le bourreau de mari en a profité pour prendre la fuite. Interrogée sur l’origine d’une telle violence, elle explique que c’est parce que son époux refuse de lui donner la dépense quotidienne depuis 3 jours. «Je lui ai dit que ce qu’il faisait était injuste mais il m’a traitée de tous les noms avant de me rouer de coups devant l’enfant », confie la dame en larmes.

Touché par les confidences de la femme, l’un des voisins lui propose d’aller à l’hôpital pour des soins et ensuite, de porter plainte mais elle refuse catégoriquement. «Je ne porterai jamais plainte contre mon mari. Mes parents ne me le pardonneront jamais», a-t-elle déclaré, créant la stupéfaction de tout le voisinage.

C’est ainsi que tout le monde sort en rouspétant. Malheureusement pour elle, la même nuit, au retour de son bourreau, elle subit encore des coups et ses cris empêchant les gens de dormir, mais personne n’est partie la secourir cette fois-ci.

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Cette dame n’est pas la seule à subir ces violences, selon Cheikh Diop, notable de quartier dans la banlieue dakaroise. affirme que chaque jour, on l’appelle pour qu’il aille régler des disputes de couples. Selon lui, c’est le manque de tolérance et de communication qui en sont les causes. « Les jeunes ne tolèrent plus rien. C’est valable pour l’homme comme pour la femme. Un jour, un homme a tellement frappé sa femme qu’elle s’est évanouie. Quand la famille de la fille a porté plainte, il est allé chez eux pour les insulter et les menacer», renseigne le notable.

Il poursuit : «L’affaire a pris une telle ampleur que le mari a fini en prison. Après avoir purgé sa peine, il refusait de répudier sa femme. Il la poursuivait partout et s’en est encore une fois pris à elle».

«Je lui ai appris à être soumise et endurante. C’est ce qui l’a conduite à sa perte»

Pour le notable, le fait de frapper une femme est un acte de lâcheté et les hommes qui le font doivent être suivis psychologiquement car ils ne sont pas sains d’esprit. «Il est inconcevable qu’un homme frappe sa femme. Une fois qu’une telle chose arrive, je pense que cet homme doit aller se faire soigner car quelqu’un de stable mentalement ne ferait jamais une telle ignominie. Il faut privilégier la communication dans n’importe quelle situation parce que même les plus grandes guerres ont été résolues autour d’une table et la grandeur d’un homme se mesure à sa capacité à pouvoir gérer calmement les problèmes», rappelle-t-il.

Madame Barry regrette sa fille qui, aujourd’hui, a rejoint les cieux après des années de souffrance. «Nous faisons partie d’une famille conservatrice. Nous nous marions entre nous. Ma fille s’est mariée avec son cousin qui la maltraitait et lui faisait vivre l’enfer. Combien de fois est-elle venue vers son père pour qu’il la sauve ? Mon mari lui donnait à son tour des coups avant de la tirer par les cheveux pour la ramener dans son foyer», se rappelle-t-elle, le visage larmoyant.

«Je lui ai appris à être soumise et endurante. C’est ce qui l’a conduite à sa perte», regrette-t-elle avant de confier qu’un soir, son gendre avait tellement battu sa fille qu’elle en est tombée malade. «Ma fille était dans un état critique. Elle s’est remise ou du moins c’est ce que nous pensions jusqu’à ce qu’elle meurt. Son mari l’a tuée avec ses coups. J’ai été lâche car je n’ai pas su protéger ma fille », déplore la dame qui après ce drame, a divorcé et s’est installée à Dakar.

Les cas de violences conjugales sont nombreux au Sénégal. Les femmes en souffrent le plus. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, au Sénégal, 27% des femmes de 15 à 49 ans ont subi des violences physiques depuis l’âge de 15 ans. Dans 55% des cas, le mari ou le partenaire est l’auteur des actes. L’Oms de préciser que 68% des femmes de 15 à 49 ans victimes de violences, n’en ont jamais parlé avec quelqu’un, ni cherché d’aide.

Certaines s’en sortent avec des blessures (physiques et psychologiques), d’autres préfèrent se séparer de leur conjoint et aller vivre ailleurs. Toutefois, des structures de prise en charge de ces victimes sont implantées à Dakar. Elles apportent assistance, aide et conseils aux victimes.

Centre Kayam, un refuge pour les victimes

C’est le cas du centre Kayam qui a ouvert ses portes à Mbao. Il sert de refuge aux femmes victimes de violence conjugales. A l’accueil, sont accrochés aux murs des tableaux de femmes battues, de femmes qui pleurent avec leurs enfants dans les bras et d’autres avec la bouche collée d’un sparadrap, ce qui montre que certaines sont réduites au silence.

Ce centre est dirigé par Mme Béatrice Yolande Badiane. Cette dernière est consultante en genre, équité, parité, égalité et professeure dans des universités privées. La bienfaitrice de ces femmes vulnérables a expliqué que le centre a été créé par Mme Yacine Diouf, la fille de l’ancien président Abdou Diouf. Depuis l’ouverture du centre en 2022, une centaine de femmes et leurs enfants ont été accueillis.

Même si les femmes qui vivent dans le centre sont dans de bonnes conditions, il y a des règles strictes à respecter pour leur propre sécurité, d’après la directrice Mme Badiane. «Beaucoup de cas nous sont référés par la police qui est notre partenaire. C’est pourquoi il est difficile d’accéder à ce centre car il est très sécurisé. Les femmes n’ont droit qu’à deux appels téléphoniques par jour et ne peuvent pas sortir dehors au risque de se faire remarquer par des connaissances. Il y a des cas où le mari est tellement violent qu’il peut suivre la femme pour l’attaquer physiquement et c’est ce qu’on veut éviter», explique la directrice.

Mme Badiane confie que le centre ne sert pas seulement à des dortoirs, les femmes y apprennent beaucoup de choses. «Nous organisons des formations pour les femmes. Elles apprennent à faire la saponification, la javellisation, elles font même des sacs perlés, des boîtes à mouchoirs…certaines en sortant, bénéficient de financements pour commencer une nouvelle vie, plus autonome. Nous les formons aussi sur le développement personnel pour qu’elles gagnent en confiance afin de pouvoir affronter le monde», informe-t-elle.

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