Exit la Crei, la traque n’était pas sérieuse [Opinion du Contributeur]

Ainsi un pool judiciaire financier (PJF) composé d’un parquet « spécialement compétent » sur la criminalité financière et formé de magistrats spécialisés a vu le jour le jeudi 20 juillet 2013 au Sénégal.

Assemblée nationale du senegal

Le projet de loi a été approuvé par plus de 120 députés sur les 165 députés que compte une Assemblée nationale aux forces équilibrées. A l’origine de ce changement, il y avait ce besoin de création d'une Cour de Répression des Infractions économiques et financières (Crief) qui était annoncée en 2014.

La mort de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei) devait être donc actée depuis. Le Pjf, petit fils de la Crei, est donc l’héritier d’une vieille dame tellement malmenée. Abdou Diouf est son père, Abdoulaye Wade qui lui a succédé à la tête du pays ne voulait même pas en faire sa fille adoptive. « Cette Cour est dangereuse et inique», répétait-il tel un leitmotiv. Macky Sall, dopé par une victoire éclatante au soir du 25 mars 2012, et par un souci de montrer ici et maintenant une «gestion vertueuse », avait remis au goût du jour une institution longtemps rangée aux calendes… sénégalaises.

Aujourd'hui, avec la tournure des choses, après des années d’agonie, on se rend plus compte que la Crei est très peu habilitée à traquer les voleurs de la République. Cette Cour créée en 1981, traîne des lacunes congénitales qui lui donnent les traits d’une guenon.. Que de griefs à l’encontre de cet être. Que de temps perdu ! Hélas, on a très peu d’espoir de voir le Pfj réussir sa mission, du moins avec les tenants du pouvoir actuel. Le passif est costaud. Beaucoup de dossiers sont passés entre les mains d’une justice qui détourne les yeux et de corps de contrôle qui se hâtent doucement pour publier leurs rapports. Beaucoup de compromissions.

Si Alioune Ndao qui était aux avant-postes de la traque aux biens mal acquis a été remplacé de manière expéditive, il y avait sans nul doute une volonté de rectification de cette vaste entreprise. L’ex-Procureur spécial de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei), devenu leader politique, a longtemps traîné une réputation de fonceur. Et cette apparence fait penser que Ndao est un jusqu’au-boutiste qui était réfractaire à toute compromission. Son limogeage sonnait dés lors comme le début d’un renoncement si l’on sait qu’il existe toujours des zones d’ombre avec de nombreuses personnalités citées et jamais inquiétées.

C’était suffisant pour affirmer que la traque était sur le point d’être enterrée. Les faits donnent raison aux inquiétudes. Car, même si on a beaucoup épilogué sur la mise en place de cette juridiction d’exception, le principe de rendre compte et de sanctionner ceux qui ont dilapidé l’argent public a été une demande sociale. Hélas, l’initiative est abandonnée sur l’autel d’arrangements à la petite semaine.

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Faillite

Le pouvoir a failli. La traque initiée à grands renforts médiatiques, n’a pas donné les résultats escomptés. Seul Karim Wade a été déclaré fautif, mis en prison, gracié et exilé. Et cette façon parcimonieuse de procéder donne raison à ceux qui pensent que Wade-fils était la seule cible de Macky… L’audition avortée d’Oumar Sarr avait fait des vagues. Il était alors député. Aujourd’hui, il est ministre et partage le Conseil des ministres avec Félix Antoine Diome, un ancien de la Crei. Cette traque n'a jamais été sérieuse. L’affaire Tahibou Ndiaye a été certainement un curieux cas d’école dans la traque.

L’ancien Directeur du Cadastre a été accusé en grandes pompes de s’être enrichi de manière indue sur le dos des Sénégalais. Il serait assis sur une fortune de 7 milliards FCFA, aurait accumulé des biens immobiliers et serait propriétaire d’immenses réserves terriennes. Pourtant, il a failli échapper à la case prison du fait d’une troublante médiation pénale. Les négociations ratées, Ndiaye qui a séjourné à Rebeuss, empêcherait des personnalités de l’ancien comme de l’actuel régime de dormir tranquille, disait-on. Il a été présenté comme « une bombe à secrets », capable de « faire sauter toute une République ».

La tournure des choses a confirmé ce point de vue. Si Tahibou, gravement chargé, a recouvré la liberté après tant de clameur, il est évident que la démarche des traqueurs a été fort approximative. Une traque dépouillée de sa substance. Ce qui donne des airs d'une vaste opération aux relents purement politiciens. La mort de la Crei, à quelques mois du départ de Macky Sall, consacre un échec cuisant.

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