Yeumbeul : un réseau de proxénétisme mêlant sexe, sorcellerie et intimidation démantelé
Les forces de sécurité sénégalaises ont porté un coup sévère à un réseau structuré de proxénétisme actif dans la banlieue dakaroise. Selon les révélations du quotidien L’Observateur, la Division de lutte contre le trafic de migrants (DNLT) a démantelé, à Yeumbeul, une organisation spécialisée dans la traite de jeunes femmes venues du Nigéria. Au cœur de cette affaire figure J. O. Dominic, une ressortissante nigériane établie au Sénégal, interpellée puis déférée devant le parquet de Pikine-Guédiawaye.
Elle est poursuivie pour traite de personnes, exploitation sexuelle et proxénétisme. Les enquêteurs soupçonnent la mise en cause d’avoir orchestré, avec l’aide d’une complice actuellement en fuite, un système bien rodé d’exploitation. D’après les éléments de l’enquête, les victimes étaient recrutées au Nigéria sous couvert d’opportunités professionnelles dans le secteur de la restauration. Une fois arrivées au Sénégal, elles se retrouvaient privées de toute liberté, contraintes de se livrer à la prostitution afin de rembourser une dette imposée, estimée à près de trois millions de francs CFA par personne. Pour assurer leur domination, les responsables du réseau auraient exercé une forte pression psychologique sur les jeunes femmes.
Des pratiques mystiques, communément appelées « joujou », leur auraient été imposées afin d’instaurer la peur et d’empêcher toute tentative de fuite. Les enquêteurs évoquent également l’envoi régulier de contenus destinés à maintenir les victimes sous emprise. La principale suspecte a reconnu avoir utilisé ces procédés, affirmant agir pour obtenir le remboursement de frais de voyage qu’elle chiffre à 700 000 francs CFA. Le système a commencé à s’effondrer le 28 janvier dernier, lorsque deux victimes, identifiées sous les prénoms de Jennifer et Chinaza, sont parvenues à s’échapper avant d’alerter les autorités.
Leur témoignage a permis de mettre au jour l’ampleur du réseau et d’établir que l’intégralité des revenus générés par l’exploitation sexuelle était reversée à la tête de l’organisation. Malgré les dénégations de la mise en cause, les éléments recueillis par les enquêteurs ont été jugés suffisants pour justifier son placement sous mandat de dépôt. Les forces de sécurité poursuivent désormais leurs investigations afin d’identifier et d’interpeller la complice présumée, connue sous le nom de Natacha.